Lors du sommet de l'OTAN, le 5 mars, l'Alliance atlantique a accepté de reprendre des contacts de haut niveau avec Moscou au Conseil OTAN-Russie, lesquels qui avaient été gelés à la suite de la guerre en Géorgie. Le lendemain, la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a rencontré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, à Bruxelles. Elle lui a proposé, en guise de test, de repartir sur de nouvelles bases. «L'ancienne administration avait des rapports plutôt conflictuels avec la Russie», a-t-elle expliqué.
Les différends et mésententes entre Washington et Moscou ne sont pas liés à une intention hostile venant d'un pays ou de l'autre. Prenons l'exemple des systèmes de défense antimissiles (ABM) en construction en Pologne et en République tchèque. L'administration Bush a expliqué que les missiles intercepteurs et les radars avaient vocation à intercepter des missiles nucléaires à longue portée lancés par l'Iran. Elle s'attendait à ce que la Russie croie à cette justification.
Bush, pas cru
Sans surprise, les Russes n'ont pas cru l'administration Bush. Car l'Iran ne possède ni des missiles capables d'atteindre les États-Unis, ni des têtes nucléaires pour équiper ces présumés missiles. Moscou s'est dit que le véritable objet du système ABM était d'abattre les missiles de la Russie pour saper sa capacité de dissuasion face aux États-Unis.
La Russie s'est mise dans tous ses états au sujet des missiles ABM, à tel point que le président Dimitri Medvedev a annoncé, au lendemain de la victoire électorale de Barack Obama (novembre dernier), que des missiles russes à courte portée seraient installés à Kaliningrad - une enclave russe située sur la frontière polonaise - afin de détruire sans tarder les bases américaines abritant un système ABM. Pourtant, les missiles ABM sont mal placés pour intercepter les missiles balistiques intercontinentaux russes. Qui plus est, ils ne sont pas vraiment efficaces.
Ils n'ont jamais fonctionné convenablement, malgré les milliards investis depuis 25 ans dans le projet ABM (également appelé «Guerre des étoiles», «bouclier antimissiles», «National Missile Defense «, etc.). Sur l'ensemble de son existence, le seul résultat concret de ce programme a été de remplir les poches des entreprises de défense américaines. Mais les Russes sont trop paranoïaques pour accepter la présence de ce système ABM. Et il est tellement plébiscité au Congrès que l'administration Obama se contente de «le réexaminer» au lieu de le supprimer purement et simplement.
Quant à la guerre en Géorgie, en août 2008, elle a été déclenchée par le président géorgien Mikhaïl Saakashvili, pas par les Russes. La Russie a réagi violemment à la tentative géorgienne de conquérir l'Ossetie du Sud, mais les soldats russes ne sont pas restés longtemps sur le territoire géorgien. En outre, ils n'ont pas pris la capitale, Tbilissi, alors que la voie était parfaitement libre.
Prix du gaz
Il en va de même en ce qui concerne le contentieux qui oppose la Russie et l'Ukraine au sujet du prix du gaz, qui a plongé la moitié des habitants d'Europe de l'Est dans le froid en décembre dernier. Si les deux camps se sont montrés extrêmement incompétents et entêtés, il ne s'agissait pas d'un plan de maître de la Russie visant à dominer le monde. Il est donc grand temps de remettre les compteurs à zéro.
Des deux côtés, il existe des acteurs secondaires prêts à faire la guerre. Mais l'administration Obama semble avoir donné l'ordre de les neutraliser. La semaine dernière, par exemple, deux bombardiers russes ont été repérés à quelques centaines de kilomètres de la côte arctique du Canada.
Le Canada a fait décoller des chasseurs chargés d'«envoyer un signal fort pour leur faire comprendre qu'ils devaient [...] rester en dehors de [son] espace aérien», selon le ministre de la Défense Peter McKay. Par ailleurs, le premier ministre canadien Stephen Harper a déclaré sur un ton sévère que le Canada ne serait pas intimidé.
«Ce gouvernement a répliqué à chaque fois que les Russes ont fait cela, a-t-il souligné. Nous défendrons notre espace aérien.» Mais voilà, les Russes n'ont pas pénétré dans l'espace aérien du Canada.
START
«Les Russes se sont conduits de manière professionnelle», a réagi le général Gene Renuart, l'officier américain qui commande le NORAD (la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord), réprimandant implicitement la rodomontade des Canadiens. «Ils sont restés respectueux du droit international en matière d'espace aérien et ne sont entrés dans l'espace aérien interne d'aucun pays.»
C'est probablement ce que l'administration Obama cherche à obtenir des Russes : une relation professionnelle entre deux pays adultes qui connaissent les règles et les respectent. Pour bien commencer, Hillary Clinton et Sergueï Lavrov ont engagé les deux pays dans la négociation d'un Traité de réduction des armes stratégiques (START) d'ici à la fin de l'année. Et d'autres initiatives dans ce sens suivront. Le vent a tourné.
gdyer@ledroit.com










