Le régime quotidien de la boîte à stupeur qu'est la télévision évoque ce même sentiment de sécurité relative. Peu importe les intempéries, il y aura toujours les téléromans, Oprah, les reprises de Star Trek et... Barack Obama.
Au cours de ses premiers 60 jours au pouvoir, le jeune président qui veut changer le monde en sept jours a fait plus qu'envahir les ondes et à peu près tous les moyens de communication possibles et imaginables. Il les a possédés. On n'attend pas son prochain discours, sa prochaine conférence de presse ou sa plus récente entrevue. On sait tout simplement que, peu importe la journée, il sera là.
Dans leur salon ou leur chambre à coucher, sur leur ordinateur ou leur téléphone cellulaire, à la radio, dans les journaux ou même à leur porte où vient de cogner un «obamiste» exalté, inconscient du fait que la campagne est terminée, les Américains ont Barack en direct, en reprise, en photos, n'importe quel jour de la semaine et même le dimanche. Le président semble observer une trêve les samedis, mais on peut compter sur les réseaux de nouvelles à répétition pour nous faire revoir plusieurs fois tout ce qu'il a fait au cours des jours précédents. Et c'est toujours beaucoup.
Quand il ne parle pas de politique, d'économie ou de guerre en Afghanistan, il bavarde de la vie à la Maison-Blanche au Tonight Show avec Jay Leno ou de basketball collégial au réseau des sports ESPN.
Au cours des deux dernières semaines, des milliers d'Américains de la Californie, au Midwest, à la Floride, ont même eu droit à Obama en chair et en os. Le président s'est embarqué dans une tournée des grandes et moins grandes villes du pays où il répond aux questions des citoyens dans ce qu'on surnomme des townhall meetings.
Ouverture et illusion
Une stratégie d'ouverture, de transparence et de contact direct avec le peuple qui comporte assurément sa large part d'illusion. Il ne faut pas se leurrer en pensant que le ciel peut lui tomber sur la tête à chaque fois qu'un «citoyen ordinaire « se lève pour lui poser une question. D'abord, le Secret Service s'assure qu'il n'y a pas de fauteur de trouble ou de fou furieux dans la salle. Et puis, la grande majorité des spectateurs sont des partisans, souvent en extase, qui ne lui veulent que du bien.
Par contre, il faut dire que ses stratèges n'avaient peut-être pas prévu la question sur la légalisation de la marijuana qui lui est venue lorsque Obama a décidé de tenir un de ses forums de citoyens sur le médium qu'il est le premier président à exploiter à fond. Internet est une boîte à surprises en toutes circonstances, même pour lui.
Cependant, malgré sa superbe éloquence, son charme envoûtant et son allure d'homme décontracté et en plein contrôle de la situation, la stratégie de communication massive sans précédent de Barack Obama comporte un risque majeur qu'on sous-estime à son propre péril en politique. La menace insidieuse de l'overexposure. En somme, est-il possible de trop le voir?
Son chef de cabinet, l'agressif Rahm Emmanuel, affirme qu'il est ridicule d'oser même en parler. Comme si Barack Obama est à l'épreuve de ces vulgaires préoccupations qui terrassent des gens plus ordinaires que lui.
Mais il y a définitivement lieu de s'interroger, à la lumière de certains incidents récents. Par exemple, pour la première fois depuis des lunes, on a pu voir Obama commettre une erreur de sa propre création. En plus, ça s'est produit dans le contexte normalement inoffensif de l'émission de divertissement de Jay Leno en parlant d'une insignifiance. Son score au bowling, beaucoup moins impressionnant que ses prouesses au basketball. Cherchant à se trouver drôle, le président a alors dit que sa pauvre performance aux quilles en était une pour les « olympiques spéciaux «.
Leno a fait semblant de ne rien entendre. Obama était si conscient de l'énormité de sa gaffe qu'il plaçait des téléphones d'excuses aux responsables des olympiques spéciaux avant même que l'on diffuse l'émission. Sauf que, cette journée-là, les médias n'ont parlé que de ça.
Fatigué... et arrogant
Et puis, il y a eu sa conférence de presse en direct à la nation de la salle de bal de la Maison-Blanche. D'abord, lui qui a toujours l'air crevant de santé et d'énergie, il s'est présenté avec une allure d'homme fatigué. On le serait à moins. Mais l'image était si inhabituelle qu'elle en devenait troublante. Il s'est ensuite merveilleusement bien tiré d'affaire... jusqu'à ce que lui vienne une question moins flatteuse que les autres. Pour la première fois depuis les débats de la campagne électorale, Barack Obama a eu l'air frustré et irrité. Il a balayé le journaliste de sa main en répondant par une seule phrase. Ça frisait l'arrogance.
Par la suite, les médias se sont également moqués du fait que le président avait utilisé un télésouffleur pour livrer sa déclaration d'ouverture. Le télésouffleur est l'arme choisie par Obama. Il maîtrise tellement bien la technique qu'il semble toujours être en train d'improviser son discours, alors qu'il le lit à l'écran.
Hier, le président arrivait à Londres pour un sommet mondial de 20 pays industrialisés ou en voie de l'être. Les médias américains ont consacré leurs bulletins de nouvelles du matin à rediffuser les discours des présidents de la République Tchèque et du Brésil attaquant Obama et ses politiques de relance économique. C'est ça le danger: quand les médias croient avoir tout vu et entendu ce que vous leur offrez, ils vont parler d'autre chose. Et en règle générale, ce ne sera pas bon.










