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Michel Gratton
Le Droit

« Que la paix soit avec vous. « Barack Obama a ouvert son discours historique à l'Université du Caire avec cette salutation typiquement musulmane. Les observateurs du monde arabe semblaient surtout impressionnés du fait qu'il ait prononcé ces deux mots dans leur langue sans apparemment les déformer avec un accent américain.

Ils n'en étaient pas à leur dernière surprise.

Comme la quasi-totalité des discours du président Obama, c'était un chef-d'oeuvre de style, de substance, d'équilibre et d'authenticité. Et les 3000 invités bondant cet auguste amphithéâtre du monde islamique ont réagi comme toutes les foules béates d'admiration devant sa captivante éloquence: avec un délire à peine contenu.

 

Une animatrice effervescente des nouvelles télévisées égyptiennes affirmait immédiatement après l'événement que le président américain avait été interrompu 30 fois par des applaudissements durant son allocution. Elle ajoutait : «C'était de vrais applaudissements à un très bon discours. «

Le plus stratégiquement brillant de cet exercice présidentiel sans précédent était dans la construction du texte comme tel. D'abord, Obama a cité le Coran quatre fois. Déjà, c'était du jamais vu de la part d'un leader politique des États-Unis. Mais c'est la façon dont il s'est servi du texte religieux sacré qui offre un contraste tranchant avec le passé.

Respect et compréhension

Premièrement, il l'a fait avec un respect ressenti et une compréhension surprenante de la culture musulmane qui semble avoir fait l'unanimité des commentateurs politiques et médiatiques du Moyen-Orient. Pour la première fois de leur vie, ils avaient l'impression d'avoir devant eux un président américain qui savait de quoi il parlait plutôt que d'être le vulgaire écho de paroles auquel il ne comprenait rien. On pense à George W. Bush, mais il y a eu bien d'autres cymbales retentissantes avant lui là-dessus.

Il relatait aussi à son auditoire comment le premier Musulman à être élu au Congrès américain avait prêté serment sur une copie du Coran qui faisait autrefois partie de la bibliothèque d'un ex-président signataire de la Constitution, Thomas Jefferson. Question de leur laisser savoir qu'ils n'étaient pas tous des ignares condescendants à leur égard.

Mais le plus important de cet aspect du discours reste cependant ceci: contrairement aux leaders politiques américains qui l'ont précédé, Barack Obama n'a pas utilisé le Coran «contre» les Musulmans. Car si l'on revoit les déclarations passées d'autres présidents et sommités de l'univers chrétien, on remarque que, d'une fois à l'autre, ils ont invariablement cité la bible de l'Islam pour faire la leçon aux populations musulmanes. Pour leur dire que les méthodes et croyances des «terroristes» dans leurs rangs allaient à l'encontre du Coran et de leur religion.

Un autre commentateur arabe commentait le discours en soulignant que le président avait mentionné le mot « paix» 29 fois, tout en taisant toute mention du mot terroriste.

Obama a compris que ce genre de discours paternaliste ne faisait qu'aliéner ces peuples davantage. Après tout, il s'agit des mêmes gens qui votent pour des représentants du Hamas, en Palestine, et du Hezbollah, au Liban, deux organisations qui figurent éminemment sur la liste noire des États-Unis. Pas que les populations arabes appuient l'utilisation de la violence comme seul moyen d'action. En fait, elles ont probablement soif de paix plus que toute autre.

Choisir

Mais il y a au moins neuf siècles qu'ils se font passer sur le corps par les armées de l'Occident, de la première Croisade, en 1096, aux invasions de Napoléon, à l'occupation coloniale britannique et française du xxesiècle, l'invasion des Nazis et la « croisade « de Bush. Les puissances impérialistes d'Europe et d'Amérique ont départagé leurs territoires comme on brise une miche de pain. L'Irak, en passant, est une création de l'Occident. Les services secrets américains et britanniques ont comploté pour renverser le gouvernement démocratiquement élu de l'Iran pour le remplacer par la dictature sanguinaire du Shah. Sans parler des autres tyrans qu'ils ont appuyés au fil des ans, comme Saddam Hussein, et ceux qu'ils supportent encore aujourd'hui.

Pour les peuples du Moyen-Orient, il s'agit donc de choisir entre deux violences. Celle qui les a toujours opprimés ou celle des compatriotes qui promettent de les libérer. À la fin, c'est une question de dignité humaine qu'on leur a niée.

Briser un cecle vicieux

Barack Obama est venu leur parler d'égal à égal. Il est venu tenter de briser un cercle vicieux millénaire.

Pour y parvenir, il a osé faire ce qui aurait été impensable pour tout président américain avant lui. Dès le début de son allocution, il a admis les torts récents des pays occidentaux envers les populations de la région, à l'ère du colonialisme, «où les droits et l'avancement de plusieurs Musulmans ont été brimés», et durant la Guerre froide, «où ils sont devenus les pions des superpuissances, sans égard pour leurs propres aspirations».

Il a plus loin admis le rôle joué par l'Amérique dans l'installation du shah d'Iran et que l'invasion de l'Irak était «une guerre de choix» qui avait profondément divisé les Américains et le reste du monde.

L'indignation de la droite américaine n'en finit plus depuis. Comment un président peut-il se promener de par la planète en proférant des excuses pour leurs abus passés? Comment peut-il prononcer un tel discours sans utiliser le mot terroriste, tout en dénonçant les excès d'Israël dans son «occupation» et sa colonisation des territoires palestiniens?

La première citation tirée du Coran utilisée par Obama disait ceci : «Sois conscient de Dieu et dit toujours la vérité.» Il ajoutait : «C'est ce que je vais tenter de faire.» Tout ce qu'on peut en dire est que, quand tout le reste a échoué, la vérité est très souvent le seul espoir qui reste.

 

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