Comme francophone résidant de la région de la capitale nationale, j'aimerais qu'elle ait un peu de poids, mais après avoir vu le cirque qu'est devenu la session marathon du Conseil municipal d'Ottawa à ce sujet (et sur celui des inondations dans le secteur Glencairn de Nepean) hier, j'en doute fortement.
Dès le départ, on a l'impression que l'opinion des francophones concernant ce « joyau qui doit sortir de sa coquille », pour emprunter le terme du consultant embauché par la Ville, Graham Bird, ne comptera pas pour beaucoup.
C'est surtout évident quand on voit qu'à la veille du dépôt de la proposition déposée officiellement au conseil hier, le maire Larry O'Brien avait donné des entrevues en présentant les grandes lignes - avec photos à l'appui - aux deux quotidiens anglophones de la capitale. Malheureusement, il n'a pas daigné faire de même avec le seul journal francophone d'Ottawa que vous tenez entre vos mains (ou que vous lisez sur Internet).
Doucet critique
Mon opinion compte donc à peu près autant que celle du conseiller Clive Doucet, le plus grand critique de ce projet qui verrait la « mer d'asphalte » qu'est actuellement Lansdowne être revitalisée avec une rénovation complète du stade Frank-Clair et du Centre municipal (coût : 110 millions $) financée en partie par un développement d'espaces commerciaux (magasins, hôtel et résidences) sur le site voisin du canal Rideau.
Doucet, le conseiller du quartier où se trouve le parc, se retrouve dans une minorité très vocale qui ne veut rien savoir du projet déposé par le Ottawa Sports Entertainment Group (OSEG), composé des développeurs Roger Greenberg, John Ruddy et William Shenkman, de même que le propriétaire des 67's d'Ottawa Jeff Hunt.
C'est son droit le plus strict, mais il semble de plus en plus évident qu'une majorité du conseil, qui a facilement défait (17 à 7) hier soir une motion de sa collègue Diane Holmes pour « mettre sur la table » (ou sur la glace, dans les faits) le rapport des mandarins de la Ville, est en faveur d'aller de l'avant avec ce projet qui se veut rassembleur.
À première vue, les payeurs de taxes d'Ottawa ne peuvent pas vraiment perdre avec ce partenariat qui est maintenant appuyé par la Commission de la capitale nationale et Parcs Canada, tout ce beau monde s'entendant pour le besoin de rendre ce site plus « vert » qu'il ne l'est actuellement. Et en plus, le plan verrait le stade et l'aréna, qui tombent en décrépitude, être rénovés sans que ça ne coûte plus aux contribuables que les 4 millions $ par année qui sont déjà dépensés pour les maintenir dans leur état actuel, sur un bail de 30 ans. Mais ne me demandez pas de vous expliquer le plan d'affaires concocté par les deux partis.
« Le statu quo n'est plus acceptable et notre groupe est engagé profondément envers ce plan. Nous ne sommes pas impliqués là-dedans pour perdre de l'argent, mais nous n'allons pas en faire beaucoup non plus et le succès de la Ville d'Ottawa sera notre succès », a mentionné Greenberg lorsqu'il s'est adressé aux conseillers.
Proposition gagnante
C'est d'autant plus une proposition gagnante pour Ottawa que le OSEG hérite de tous les risques associés à un tel projet d'envergure, comme des frais de construction plus élevés, par exemple.
« Je comprends que des gens veulent s'opposer à ça. Mais il doit aussi y avoir des gens qui vont être satisfaits de voir que l'argent des contribuables sera investi dans un projet qui offre une solution de 'revenu neutre'. Ça devrait être un coup de circuit pour le payeur de taxes, peu importe que cela offre également un domicile pour un club de la LCF, un club de soccer, les 67's et un endroit où tenir un spectacle des Rolling Stones », confiait Hunt lors d'une des deux pauses-repas de la journée (le maire aurait dû laisser les conseillers sur leur faim, le débat aurait probablement été moins long).
Au moment d'aller sous presse, il semblait de plus en plus évident que le public aura l'occasion de se prononcer sur le projet lors d'une gigantesque consultation au cours des deux prochains mois (un rapport doit être déposé le 26 octobre et le Conseil municipal se penchera à nouveau sur la question le 12 novembre). Mais avant d'adopter une résolution en ce sens, les conseillers avaient 23 motions à discuter et la réunion devait en théorie prendre fin vers 23 h 30.
Il faut juste espérer que la majorité silencieuse s'exprimera elle aussi, pas seulement la minorité qui crie très fort, Clive Doucet en tête. Et que les francophones auront eu aussi leur mot à dire dans ce dossier qui commence à traîner en longueur.









