Comprenons-nous bien. Quand deux parties s'en remettent à un arbitre pour régler un différend, ils acceptent le principe qu'ils ne recevront pas tout ce qu'ils ont demandé. On en perd, on en gagne. Au bout du compte, on espère que les points en litige se régleront quelque part autour d'un juste milieu auquel les deux parties se conformeront.
C'est d'ailleurs le recours à l'arbitrage qui a mis fin à la grève de 53 jours du transport en commun à Ottawa.
En fait, la pierre d'achoppement des négociations ne portait pas tant sur les clauses monétaires que sur la question des horaires de travail. Ce système «plutôt unique» visait à améliorer le climat et les conditions de travail à la suite de la tragédie de 1999, lorsqu'un exemployé des ateliers mécaniques avait assassiné quatre collègues avant de retourner l'arme contre lui.
La décision arbitrale donne une plus grande flexibilité à OC Transpo dans la façon de préparer les horaires, en tenant davantage compte des besoins des usagers du transport en commun. Ce qui pourrait se traduire par des économies que conteste le syndicat.
Dans sa décision, le comité arbitral présidé par Brian Keller a adopté une approche qui tient compte à la fois de l'équilibre des gains ou des pertes visé par les parties dans une négociation classique et également du contexte économique qui affecte la capacité de payer des contribuables et usagers. Rassurant de constater qu'on a pris en considération ce second facteur.
Par contre, on a accordé des augmentations de 3,25%, 2,5% et 2,5% pour les trois années du contrat. Bien des travailleurs s'en contenteraient.
La démesure des gestes
Cette décision du comité arbitral a fait la manchette. Par contre, les victimes de cette grève de décembre 2008 à la fin janvier 2009 ne peuvent parler. Étudiants, personnes à faible revenu, petites entreprises, combien de victimes cette grève a-t-elle fait... et au nom de quoi? Car ici, il est bien question de démesure entre le geste et ses conséquences.
Combien d'usagers ont abandonné le transport en commun, dégoûtés de cette grève? Combien d'entreprises en ont souffert? Combien d'emplois ont été perdus aux heures les plus sombres de la récession?
C'est pourquoi OC Transpo (et la ville), dans la mouvance de cette décision arbitrale, lance une campagne publicitaire dans LeDroit de vendredi dernier pour encourager les gens à reprendre l'autobus et dire qu'on est en affaires... neuf mois après les événements.
On doute que cette campagne aura les effets recherchés. Elle aussi est inversement démesurée par rapport aux objectifs visés.
Bonne chance quand même!
Quel obstacle ?
La conseillère municipale d'Ottawa Jan Harder croit que la politique de bilinguisme de la ville constitue un obstacle au recrutement de cadres "qualifiés". Elle persiste et signe.
Heureusement, le conseiller Jacques Legendre souligne qu'un candidat ne peut être "pleinement qualifié" s'il ne peut comprendre l'autre langue officielle de la capitale d'un pays officiellement bilingue.
Cela tombe sous le sens.
À défaut d'être officiellement bilingue, la Ville d'Ottawa s'est dotée d'une politique de bilinguisme. Elle stipule que l'aptitude linguistique fait "partie intégrante de tout plan de carrière ou de planification de ressources humaines". De plus, la ville doit tout mettre en oeuvre "pour affecter des personnes bilingues à tous les postes de direction". Enfin, les décisions d'embauche doivent être "basées [...] sur la capacité du candidat à accomplir les tâches du poste qu'il postule et son aptitude audit poste".
La conseillère Harder devrait méditer ces articles et leur portée avant d'accrocher le grelot du bilinguisme pour faire plaisir à son électorat. À un an des élections municipales. L'obstacle n'est pas là où on pense.










