Les débats ne nous apprennent pas grand-chose de nouveau, si ce n'est de voir les candidats à l'oeuvre en public. Être maire d'une ville d'un quart de million d'habitants n'est pas une vocation monastique. Les rencontres éditoriales permettent aux candidats d'aller au fond des choses et au journal de préparer sa prise de position. Ce sont des exercices complémentaires, l'un public et l'autre privé.
Mercredi, quand je suis arrivé à la Maison du citoyen pour le Forum de Radio-Canada, j'ai constaté que je connaissais une bonne partie des « citoyens » sur place. Problème ! Ce sont les mêmes « citoyens » pour qui l'univers, municipal ou autre, se résume à leur cause et/ou... à leur personne, où il est difficile de faire la part entre altruisme et narcissisme. Vous les avez vus, vous les reverrez.
Des candidats, je retiens qu'ils sont apparus sans artifice. On n'a pas découvert un Aurèle Desjardins charismatique, un Marc Bureau décoincé ou un Tony Cannavino effacé. En fait, aucun candidat n'a intérêt à se construire un personnage pour les fins d'une élection, car il devra vivre avec s'il est élu. Bureau a sauvé les meubles, mais ses adversaires n'ont pas passé le KO. De toute façon, ils avaient les mains liées par le format.
En rencontre éditoriale
C'est toutefois en rencontre éditoriale qu'on a l'occasion de gratter le verni pour voir si c'est du bois franc ou de l'aggloméré en-dessous. L'exercice dure environ une heure. Il se passe au Droit en présence du rédacteur en chef, André Larocque, de l'éditorialiste Pierre Jury, du journaliste Patrick Duquette, de votre serviteur et, cette année, d'étudiants de La Cité collégiale. Nous n'avons pas de stratégie dessinée d'avance si ce n'est l'entrée en matière et la conclusion du rédacteur en chef. Pour le reste, cela dépend des candidats, de leur personnalité, de leur contenu et de l'humeur du moment.
Ce n'est pas un jury de sélection, ni un test de connaissances ou de compétences, bien que nous essayons de savoir ce qu'ils connaissent de la ville qu'ils veulent diriger. Et c'est très éclairant. Un candidat qui ne passe pas le test de la rencontre éditoriale n'a pas d'affaire à la tête de Gatineau.
Vous ne serez pas surpris d'apprendre que les trois principaux candidats ont démontré pourquoi ils peuvent diriger la ville à compter du 1er novembre. Ils savent de quoi ils parlent. Ils ont une vision globale de la ville. Ils sont articulés. Ils connaissent leurs dossiers. Ils ont fait leurs devoirs. Ils sont capables de partager leur enthousiasme. Quant aux trois autres, ils nous ont démontré pourquoi ils n'ont pas d'affaire là.
Aux candidats, j'ai posé essentiellement la même question que l'on pourrait qualifier d'identitaire. Si vous êtes maire de Gatineau et qu'un parfait étranger vous demande de décrire votre ville, que lui direz vous ? Il n'y a pas de réponse toute faite à cette question. Je cherchais à savoir dans quelle mesure les candidats sont capables de décrire Gatineau et de porter un jugement externe ou objectif sur leur ville. Je cherchais ce qui fait que Gatineau est différente de Saguenay ou de Sherbrooke, comment se définit son identité. Je dois vous avouer qu'aucun des candidats n'a vraiment répondu à la question sauf, peut-être, le maire Bureau qui s'en est approché.
Un regard objectif
Aucun n'a été capable de dire des choses aussi fondamentales que, par exemple, « Gatineau est une ville québécoise francophone de 250 000 habitants qui fait partie intégrante de la région de la capitale nationale du Canada, dans la région de l'Outaouais, dont la population est très diversifiée et l'économie de services axée sur la présence de la fonction publique fédérale. Elle est une ville limitrophe située sur les rives de la rivière des Outaouais, face à Ottawa, en Ontario. » Pas compliqué.
La plupart des candidats ont donné l'impression qu'il y avait un piège dans cette question. En fait, le piège ne portait pas tant sur le contenu de la réponse que sur la capacité des candidats de porter un regard objectif sur la ville qu'ils veulent diriger. Il ne s'agit pas ici de dire que c'est la plus belle ville au monde, la plus verte ou que les gens y sont les plus fins. Il suffit juste de prendre conscience de ce qu'est Gatineau, de son identité.
Je ne suis pas tant déçu que perplexe. Il me semble que, si on veut diriger une ville comme Gatineau, on a une idée de « la grosseur du tas » et de la nature des cailloux. À la suite des rencontres éditoriales des trois principaux candidats, je suis resté intrigué par Aurèle Desjardins, intéressé par Tony Cannavino et surpris par Marc Bureau. Aurèle Desjardins est confiant ; il possède une bonne connaissance de ses dossiers et des grands défis du poste ; il a cependant du mal à bien articuler sa pensée. Tony Cannavino est articulé, décidé et structuré ; il sait où il s'en va, bien qu'il donne une impression de one-man-show. Marc Bureau est... Marc Bureau. Je l'ai senti en bien meilleur contrôle et plus visionnaire qu'il ne le laisse paraître. Il semble plus à l'aise et en meilleure possession de ses dossiers que l'image qu'il projette ou qu'on projette de lui. Des trois, Cannavino et Bureau sont arrivés les mieux préparés. Cela se voyait et se sentait. Seuls Desjardins et Cannavino ont parlé de l'UQO ; pas un mot du maire Bureau sur le sujet.
Un forum et un rencontre éditoriale ne font pas une campagne, mais ce sont deux excellentes façons de juger ceux qui nous offrent leurs services pour les quatre prochaines années.










