Les deux principaux adversaires du maire réélu, Tony Cannavino et Aurèle Desjardins, ont bien tenté de faire une différence, mais ils n'avaient pas tant une côte à remonter qu'un long, très long faux plat montant à négocier. Lorsqu'ils feront leur post mortem, ils vont se demander ce qu'ils auraient pu ou dû faire pour renverser Bureau. Rien. Ils ont frappé du mou, du fuyant, du Jell-O politique. Ils devaient affronter un adversaire insaisissable qui n'a jamais vraiment prêté le flanc à une véritable attaque. Marc Bureau a cette grande qualité de ne jamais utiliser la confrontation comme arme politique. Et il n'est jamais plus à l'aise que quand on le sous-estime.
Dans le fond, le climat n'était pas vraiment propice au changement. Bureau, c'est la continuité Sur le bout des pieds sans trop déranger. Gatineau n'était pas prête pour une révolution, une conversion ou une renaissance. La récession n'a pas vraiment frappé la région. Je vous mets au défi de me nommer un seul fonctionnaire fédéral, provincial ou municipal qui a perdu son emploi à cause de la crise économique. Quant aux questions de gouvernance, d'intégrité et de transparence qui ont marqué l'élection dans la métropole, elles n'ont pas vraiment trouvé le chemin de Gatineau.
La victoire de Marc Bureau est donc la victoire d'un « gars ben ordinaire » qui maîtrise à perfection le travail de terrain. On doit souligner son extraordinaire faculté de rencontrer des centaines des citoyens en profitant des événements publics pour serrer des mains, et échanger avec eux. Si vous êtes allés à un spectacle à la Maison de la culture, avez assisté à des funérailles de personnes connues, avez participé à des événements de financement, il est fort probable que vous ayez rencontré Marc Bureau. Vous n'avez peut-être pas voté pour lui ; n'empêche que vous l'avez vu.
Cela ne signifie pas que ses adversaires n'ont pas fait les efforts nécessaires. Bien au contraire. On ne s'embarque pas dans cette aventure dans le seul but de faire un ego trip même si parfois on en a la nette impression. Il faut y mettre du temps, des énergies, de l'abnégation et beaucoup de sous.
Pilule difficile à avaler
Pour Tony Cannavino et Aurèle Desjardins, la pilule est difficile à avaler. Ces deux candidats avaient le bagage, l'expérience et le programme nécessaire pour aspirer à la victoire. Or, il n'est pas facile d'affronter un maire sortant qui part avec une notoriété très difficile à égaler. Leurs appuis n'ont pas vraiment évolué à mesure que la campagne avançait. Il y avait un candidat de trop et c'est un ego de trop qui a privé Gatineau d'une élection qui aurait pu être passionnante. Je ne suis pas convaincu que le résultat final aurait été différent mais il faut voir la réalité en face. Marc Bureau a largement profité de la division du vote. C'est pourquoi le maire réélu devra avoir le triomphe modeste pour une victoire qui rappelle les victoires de Richard Nadeau, le député bloquiste de Gatineau.
Il sera intéressant de voir comment le maire réélu va composer avec un conseil qui présente plusieurs nouveaux visages. Du groupe des cinq qui a tenté de faire sa place dans l'arène municipale, les victoires solides de Mireille Apollon sur Claude Millette dans l'Orée-du-parc et Maxime Pedneaud-Jobin dans Buckingham apporteront un vent de fraîcheur au conseil (en attendant un recomptage dans Aylmer où Frank Thérien l'a emporté par deux voix sur Stefan Psenak et dans Plateau-Manoir-des-Trembles où la victoire de Maxime Tremblay sur Nycole Turmel a été très serrée). L'arrivée de Patsy Bouthilette (élue par acclamation dans le nouveau district Carrefour-de-l'Hôpital) représente un autre apport intéressant au conseil.
Mandat similaire
On ne doit pas s'attendre que le Marc Bureau du second mandat sera différent de celui du premier. Son principal défi sera de faire travailler un conseil qui comptera de nouvelles figures fort intéressantes. La dernière année a été fort éprouvante pour le maire qui à maintes occasions a eu de la difficulté à composer avec l'adversité. Or il ne sera pas tenté de jouer avec la recette de sa victoire d'hier. Marc Bureau n'est pas un « transformer ». Il n'a rien changé et cela lui a rapporté des dividendes. Il restera toujours cette question lancinante et pénible qui rend sa victoire moins éclatante mais qui n'en demeure pas moins une victoire : Aurait-il survécu à un seul adversaire ? Peu importe la manière, une victoire, c'est une victoire et celle de Marc Bureau a été incontestable.
Cette élection est probablement la dernière de la génération des politiciens issus de la fusion de 2001. Il faut donner à Gatineau le temps de se bâtir. Hier, les citoyens ont jugé que Marc Bureau était le meilleur intendant pour la tâche.










