Depuis que le Conference Board, Mario Lefebvre en tête, a fait comprendre aux villes que la fuite en avant était économiquement suicidaire, les administrations municipales et les élus ont compris que de se faire élire sur une plateforme de gel de l'impôt foncier était peut-être rentable à court terme pour se faire élire, mais totalement irresponsable à moyen et à long terme pour administrer une ville. Parlez-en au maire d'Ottawa, Larry O'Brien.
Dans le cas du maire de Gatineau, cela n'a pas toujours été le cas. En 2004 et en amorce des conflits avec Yves Ducharme qui allaient plus tard mener à sa candidature à la mairie, Marc Bureau avait trouvé «gênant» d'imposer une nouvelle hausse de taxes aux citoyens pour 2005. Or, Marc Bureau était à l'époque membre du comité permanent du budget qui avait recommandé la hausse de taxes. Or, qui était également membre de ce comité? Je vous le donne en mille: Luc Montreuil (Masson-Angers) qui est maintenant président du Comité des immobilisations et du budget.
Qu'est-ce qui a changé depuis 2004? Rien de fondamental. Les défis de bâtir la ville de Gatineau demeurent toujours aussi grands et vont prendre une ou deux générations de politiciens pour se concrétiser. Je continue de soutenir que la nouvelle ville de Gatineau demeurera un chantier urbain pendant au moins une trentaine d'année. Or, ce chantier doit commencer par le discours. L'arrivée de nouveaux conseillers à la vision et à la pensée «grande ville» est un signe que l'on avance dans cette direction, comme l'a démontré la discussion sur le Plan particulier d'urbanisme pour le centre-ville. On ne peut tout financer de façon sectorielle avec une vision en cinq qui se limite aux frontières des anciennes villes ou même des anciens quartiers.
On est loin des tiraillements et des débats de société qui accompagnent la préparation du budget à Ottawa, où les discussions marathon deviennent de véritables foires d'empoigne déguisée en démocratie participative. Il ne faut pas non plus s'imaginer que tenir une «Séance publique de l'étude du budget 2010» tient lieu de processus budgétaire. En fait, la préparation du budget est déjà terminée et ladite «Séance publique» est bien davantage une séance d'information qu'un véritable travail à caractère budgétaire. Je serais fort étonné qu'on assiste à quelque changement ou réorientation de fond que ce soit d'ici la mi-décembre, au moment de l'approbation du budget.
Pendant ce temps
Mercredi, le vérificateur général de la Ville d'Ottawa, Alain Lalonde, a présenté son rapport annuel. Il serait injuste de comparer le travail du vérificateur d'Ottawa avec celui du nouveau vérificateur général de Gatineau, Alain Girard. Ce dernier est entré en poste en mai dernier, ce qui ne lui a pas donné le temps de préparer un rapport annuel 2008 pour le 31août dernier.
Après avoir vécu la saga de la vérificatrice Sophie Lachance, on doit se rendre à l'évidence que Gatineau a pris un retard immense dans ses activités de vérification. Quand Alain Girard est entré en poste, sa priorité n'était pas de s'atteler à rusher un rapport pour la galerie. Il devait plutôt rétablir la crédibilité de la fonction qui avait été pas mal amochée dans les mois précédents. Il s'est donc fait oublier et c'est tant mieux comme cela. Il fallait rétablir des ponts qui avaient été coupés avec l'administration municipale, s'il y avait jamais eu des ponts. Il devait préparer un plan triennal de vérification pour donner une indication de la direction qu'il entendait donner à son travail, un plan qui ne sera pas rendu public. On doit noter également que les élus n'ont pas encore formulé de demandes de vérification particulières.
Lorsque le nouveau vérificateur va publier son premier rapport annuel, d'ici la fin d'août 2010, cela fera trois ans que Gatineau, une ville d'un quart de million de citoyens, n'aura pas eu de rapport de vérification. C'est une situation compréhensible si l'on tient compte du roulement de personnel et des impératifs du calendrier, bien qu'en bonne gouvernance, elle soit intolérable pour les citoyens.
Il reste donc le rapport d'Alain Lalonde pour la ville d'Ottawa et quelques questions lancinantes et pénibles pour formuler quelques «suggestions». Dans son dernier rapport, le vérificateur note que les employés municipaux prennent 10,6 jours de maladie par année, soit deux jours de plus qu'à Toronto. Qu'en est-il à Gatineau?
Alain Lalonde a fait un rapport spécial sur les coûts véritables de la grève de 53 jours à OCTranspo, où il a noté que là où la ville croyait avoir économisé trois millions de dollars par semaine, elle en avait perdu 5,9 millions? Combien coûtent et ont véritablement coûté, à Gatineau, les négociations pour le renouvellement des conventions collectives?
Le vérificateur d'Ottawa fait état d'un cas scandaleux de cumul d'emplois et de temps supplémentaire dans son service de gestion de la circulation, où des employés et leur superviseur exploitaient une compagnie privée pour les autres municipalités et profitaient du laxisme de l'administration pour manger aux deux râteliers. Y a-t-il des situations semblables ou comparables à Gatineau?
Il en va de même pour les augmentations de l'impôt foncier. À quel indice peut-on comparer l'évolution des coûts d'une ville? Si, par exemple, on se fie à l'Indice des prix à la consommation (ou le coût de la vie), cela signifie qu'il n'y aurait presque pas d'augmentation en 2010. Quel est le vrai «coût de la vie» d'une ville? Autant de questions pour tenir un vérificateur bien occupé à condition de ne pas l'oublier.










