Sans faire de la politique active, Antoine Grégoire a été un acteur de la vie politique de l'Outaouais depuis son arrivée dans la région dans les années 1950. En fait, le nom de la famille Grégoire a fait partie du paysage sportif de la région au moment où sa fille Hélène, aujourd'hui orthodontiste, était championne du monde en ski nautique et raflait toutes les compétitions. D'ailleurs, en août 1971, elle avait remporté une des trois premières médailles de l'Outaouais à la première finale des Jeux du Québec, à Rivière-du-Loup. En 1995, elle fut intronisée au Panthéon des sports de l'Outaouais.
C'est cependant quelques années après avoir pris sa retraite de la vie publique, après une dizaine d'années à la Société d'aménagement de l'Outaouais et une quinzaine à la tête de la Société des transports de l'Outaouais, qu'Antoine Grégoire sera à nouveau sous les feux de la rampe et, à 75 ans, obligé de sortir de sa retraite du lac Blue Sea, en Haute-Gatineau. En effet, il avait reçu de la ministre des Affaires municipales, Louise Harel, alors dans le cabinet du premier ministre Lucien Bouchard, le mandat d'«assister les maires de la région» (Hull, Gatineau, Aylmer, Buckingham et Masson-Angers et le préfet de la MRC des Collines-de-l'Outaouais) pour mettre sur pied la Communauté métropolitaine de l'Outaouais.
Il était la personne toute désignée pour ce genre de travail, car il était un véritable «régionaliste» de l'Outaouais, refusant de s'enfermer dans les frontières urbaines traditionnelles.
Il avait alors déclaré au Droit: «Pour moi, c'est clair. Rien de ce que MmeHarel a annoncé n'est gelé. Rien n'est immuable. [...] Je ne veux pas me sentir lié par la proposition qui a été faite et je l'ai fait clairement savoir au sous-ministre, en acceptant ce poste. La proposition (de communauté métropolitaine) est sur la table. On va en discuter. On va en parler, mais on va l'adapter à notre réalité.»
Une ville ou deux?
Certains le voyaient alors venir avec des scénarios comme deux villes (Aylmer-Hull, d'une part, et Gatineau, Buckingham et Masson-Angers, d'autre part) ou une seule ville formée de Gatineau, Hull et Aylmer. Par contre, on se doutait bien qu'Antoine Grégoire voyait plus grand que les strictes limites de Gatineau-Hull. Le 12octobre 2000, il proposait, comme solution «viable et gagnante», la fusion des cinq villes de l'Outaouais incluant le secteur de Luskville, à l'ouest d'Aylmer, et une portion de L'Ange-Gardien, au nord de Masson-Angers.
Un mois plus tard, le projet de loi 170 créant les cinq nouvelles grandes villes du Québec reprenait la recommandation d'Antoine Grégoire, mais sans toucher aux territoires des municipalités de Pontiac, de L'Ange-Gardien ou de Chelsea.
Sans vouloir désembrouiller l'omelette gatinoise et même si je demeure toujours fusionniste, le grand Gatineau demeure toujours un «projet» qui a de la difficulté à aboutir et dont la construction va prendre au moins une trentaine d'années. Je me suis toujours demandé à partir de quel principe, autre que leur inclusion à la Communauté urbaine de l'Outaouais, les villes de Buckingham et de Masson-Angers ont été incluses dans la fusion. Antoine Grégoire a préféré voir plus grand que plus petit. C'était un choix régionaliste conséquent avec le personnage et conséquent avec son amour de l'Outaouais.
Coûteux
Plus tard, le président du comité de transition en Outaouais, Gilbert Lacasse, a vite réalisé que l'inclusion de Buckingham et de Masson-Angers au projet de fusion serait une proposition très coûteuse. Il s'en était ouvert à Antoine Grégoire, qui lui avait alors confié que sa vision de la future ville était largement influencée par sa propre expérience de la CUO et de la STO et qu'il ne s'était pas trop attardé aux embûches économiques et pratiques du projet de fusion. Gilbert Lacasse en avait aussi discuté avec le ministère des Affaires municipales et s'était fait répondre que le projet de loi 170 resterait inchangé et qu'il faudrait avaler la pilule. En fait, l'argumentation du ministère était davantage politique qu'administrative. Même si l'exclusion de Buckingham et de Masson-Angers avait été logique, c'était alors impensable, car il aurait fallu que le gouvernement péquiste fasse de même avec les municipalités du West Island, sur l'île de Montréal. Pas question de revoir la loi 170.
On se rend bien compte qu'il serait aujourd'hui impensable de revenir en arrière et que le nouveau grand Gatineau est là pour rester... tout comme le nom de la ville, même si nombre de gens de Hull l'ont de travers dans la gorge et auraient accepté sans problème le nom de Gatineau-Hull. Sans doute qu'au bout du bout, c'est la vision régionaliste d'Antoine Grégoire qui aura été la bonne et qui a donné au grand Gatineau la masse critique d'un quart de million de citoyens pour en faire une ville d'importance au Québec et partie intégrante de la région de la capitale nationale. À lire les conclusions du Conference Board du Canada sur les villes attrayantes au Canada et qui placent avantageusement la ville de Gatineau, force est de constater qu'Antoine Grégoire a vu juste.










