Les joueurs québécois du Canadien peuvent souvent témoigner de la véracité de ce vieil adage, et maintenant, il en va de même pour Alexandre Picard.
Le défenseur gatinois que les Sénateurs ont échangé aux Hurricanes de la Caroline hier avec un choix de deuxième ronde pour louer les services de l'attaquant Matt Cullen jusqu'à la fin de la présente saison était le souffre-douleur favori de certains de mes collègues anglophones d'Ottawa, et nombreux étaient les partisans qui vociféraient contre lui lors des lignes ouvertes d'après-match à la station radiophonique « The Team ».
Picard pouvait à l'occasion être une cible facile pour les critiques parce qu'il commettait parfois des revirements coûteux, et que malgré son physique assez imposant, il n'est pas le défenseur le plus agressif.
Ce n'est pas tout le monde qui remarquait que pour faire une sortie de zone, les Sénateurs n'ont pas beaucoup de défenseurs plus habiles pour faire une passe sur la palette. Encore jeudi soir, à son dernier match à Ottawa contre Washington, il a envoyé Jason Spezza sur une échappée grâce à une superbe longue passe.
L'amateur moyen n'a remarqué que le fait qu'il avait été sur la glace pour trois buts, cependant. Que l'un d'entre eux ait été compté sur un moment de faiblesse du gardien Brian Elliott, et que deux autres (les superbes buts d'Alexander Semine) ait autant été le résultat de la mollesse de son partenaire à la ligne bleue, le vétéran Filip Kuba, que d'une quelconque erreur de sa part, on n'en parle surtout pas.
Dans les circonstances, alors qu'il n'avait joué que trois des 11 dernières parties des siens (réintégrant l'alignement seulement à cause d'une blessure à Erik Karlsson), on peut comprendre Picard d'avoir été content d'apprendre qu'il poursuivrait sa carrière sous d'autres cieux qui seront certainement plus chauds, et probablement plus cléments. « Je veux juste jouer et depuis une couple de semaines, je n'étais pas content de la façon dont les choses se passaient, a-t-il dit aux médias de la Caroline. S'il faut que je quitte mon patelin pour jouer plus souvent, pas de problème. »
Ce n'était probablement pas évident pour lui d'entendre les critiques, et encore moins pour ses parents et sa copine dans les estrades du Coffre-fort.
Une solution facile
Pour le d.g. Bryan Murray, qui venait de voir son contrat prolongé d'un an hier, c'était donc une solution bien facile d'offrir Picard dans l'échange de Cullen, histoire de faire de la place sous le plafond salarial.
Peu importe que le Gatinois ait été acquis il y a deux ans dans une de ses bonnes transactions, celle qui a envoyé un Andrej Meszaros trop gourmand à Tampa Bay contre Kuba et Picard. Peu importe que Picard soit un meilleur défenseur, à mon avis, que Chris Campoli, acquis l'an passé (avec Mike Comrie) contre un choix de première ronde (celui, tardif, de San Jose) et Dean McAmmond.
Un bon coup
L'acquisition de Cullen, un vétéran qui connaît une bonne saison avec un club qui en a arraché, est évidemment un bon coup, surtout s'il vient remplacer Jonathan Cheechoo, soumis au ballottage hier. J'ai bien hâte de voir si le propriétaire Eugene Melnyk est prêt à payer 3,5 millions $ pour jouer dans les mineures à ce joueur que les Sénateurs ont été obligés de prendre dans l'échange de Dany Heatley, afin d'obtenir le joueur convoité, Milan Michalek.
Reste à voir comment Cullen et le défenseur que Murray espère aller chercher au retour de la pause olympique, vont s'intégrer au vestiaire des Sénateurs.
La dernière fois que Bryan Murray a conclu un marché avec son homologue des Hurricanes Jim Rutherford, rappelons que ça avait été un « flop » monumental : il y a presque deux ans jour pour jour (le 11 février 2008), il avait envoyé Joe Corvo et Patrick Eaves à Raleigh pour obtenir les vétérans Cory Stillman et Mike Commodore, qui n'ont aidé Ottawa qu'à se qualifier de peine et de misère pour les séries avant de se faire balayer en quatre parties par Pittsburgh en première ronde des séries. Ils n'auront fait que passer, signant de riches contrats comme agents libres en Floride et à Columbus l'été venu.
On verra bien si l'histoire va se répéter. Mais il est évident qu'un choix de deuxième ronde et Alexandre Picard pour trois mois de hockey de Matt Cullen, c'est payer un très gros prix.









