Transparence et massacre à la scie à chaîne

Pierre Bergeron
Le Droit

Le rapport du Bureau de l'ombudsman sur l'aménagement des sentiers municipaux au parc du lac Beauchamp devrait être une lecture obligée pour tout citoyen qui s'interroge sur la qualité de la gestion à la Ville de Gatineau. J'invite tous les conseillers, et le plus grand nombre de citoyens, à lire ce document d'une trentaine de pages décrivant un ratage qui jette une lumière crue sur de sérieuses lacunes de gestion. Il n'y a pas de quoi en être fier. C'en est même scandaleux.

Le maire Bureau a pris acte, a qualifié le rapport de «dur» et s'est dit d'accord avec ses conclusions. Il n'avait guère le choix. Et, comme tout le reste, «il ne faut plus que cela se reproduise». Les faits sont tellement dérangeants que je m'étonne qu'il n'y ait pas eu de sanctions.

 

Ce qui est en cause ici est l'aménagement, début 2009, d'un sentier de raquettes, pas une autoroute, un sentier de raquettes de trois kilomètres et la stabilisation des berges du lac. La Ville avait pourtant averti les citoyens que: «Pour aménager un nouveau sentier, quelques arbres devront être coupés. Cependant, veuillez noter que ces arbres sont minutieusement identifiés et qu'il s'agit principalement d'arbres malades ou déjà fragilisés par le verglas. Cette coupe se fera dans le plus grand respect de l'environnement naturel du parc.»

La largeur d'un sentier de raquettes est d'environ 1,5m. Or, des citoyens ont constaté que la Société sylvicole de l'Outaouais, qui a réalisé les travaux, s'était livrée à des opérations forestières d'envergure dépassant, et de beaucoup, la coupe sanitaire ou d'assainissement. En fait, des arbres sains ont été abattus sur une largeur dépassant 20 mètres de chaque côté du sentier. Le rapport note qu'«Un sentier dont l'emprise s'étend généralement entre 4 et 6m de largeur a été aménagé au Parc, [...] que «de très nombreux arbres ont été coupés» et qu'on «observe des signes d'atteinte à l'environnement».

De plus, une série d'observations de la Commission me laissent songeur tant il y a de manque de transparence, de mauvaise volonté, d'incompétence crasse, de masquage dans ce dossier. Le rapport souligne que «plusieurs questions demeurent sans réponse étant donné l'impossibilité de rencontrer deux intervenants municipaux importants, la Gestionnaire et le coordonnateur. [...] En réponse à nos demandes répétées pour les rencontrer, la Ville a indiqué à la Commission qu'ils étaient absents pour une période prolongée indéterminée (congé de maladie).»

Réponses imprécises

Le rapport ajoute: «Les réponses données par la responsable du Service de l'urbanisme de la Ville aux questions entourant l'émission du certificat d'autorisation d'abattage d'arbres dans un boisé de conservation font preuve d'imprécisions et ne peuvent être confirmées, le dossier étant égaré.» Qui plus est, l'ingénieur de la Société sylvicole «n'était plus à l'emploi de la Société au moment de colliger les faits relatifs à l'événements.»

Cela s'appelle un masquage et c'est d'autant plus grave que je me rappelle très bien des réponses usuellement vagues et évasives qui ont été données à l'activiste Ian Huggett, quand il a soulevé le problème au conseil municipal.

En outre, la Ville n'a consulté aucun organisme externe ayant de l'expérience dans l'aménagement de sentiers de raquettes ou pédestres. Et je cite: «La Ville n'a démontré aucune compétence pour la supervision de ces travaux ni aucune planification. Il ne semble pas y avoir eu de consultation d'experts en la matière, ni de consultation des utilisateurs.»

Manque de rigueur, travaux de déboisement illégaux, insuffisante supervision, communication incohérente, autant d'observations troublantes qui pointent vers des lacunes systématiques et systémiques à la Ville. «L'impression générale qui transpire de cette analyse est que la Ville n'a pas usé du niveau de rigueur et de professionnalisme dont on s'attend d'un corps public pour la réalisation d'un tel projet.» Pour couronner le tout, la Ville a payé à la Société sylvicole une somme de 9142$ pour un contrat de 6500$ et sa résiliation.

Dévastateur et troublant, ce rapport est cependant salutaire, car il pourrait devenir un véritable manuel d'instruction pour les gestionnaires municipaux et les politiciens pour renforcer la culture de consultation et d'ouverture de la Ville. En effet, «La population n'est pas dupe et un manque de transparence dans un avis constitue un manque de respect envers elle, ce qui est inacceptable.»

Ces six saucissons secs

Toujours dans un esprit de service public, je propose aux conseillers Angers, Tassé, Riel et Tremblay de remplacer la formation sur les interventions en public à l'École de technologie supérieure (Ma chère!) à Montréâââlllle, à un coût de 7200$ par une simple conférence qui leur coûterait 12$ pour les quatre.

En effet, plutôt que de travailler sur la qualité de leurs interventions pour influencer leurs possibilités d'avancement, ils pourraient assister à une conférence intitulée L'Art oratoire du club Le Parolier de l'Outaouais, le 9mars, à 19h, à la bibliothèque de la Maison du citoyen. «Les conférenciers aborderont, entre autres, différents styles utilisés par de grandes figures de l'histoire, l'importance de la livraison du message en lien avec l'auditoire, la situation de cet art à notre époque et les aspects positifs de l'expression orale claire et juste en public.» Les frais d'inscription sont de trois dollars pour les résidants.

Un seul problème. La conférence coïncide avec la réunion du conseil qui se tient à Aylmer. Ouf! L'excuse est trouvée. Et c'est tellement mieux à Montréâââlllle!

 

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