La saga des retards au complexe sportif n'est pas de sa faute. Il doit cependant en porter l'odieux politique, car plusieurs des facteurs à la source du problème pointent vers l'administration municipale. C'est donc lui qu'on retrouve à l'avant-scène quand on cherche des explications. Car cette crise se décline en trois modes: le politique, le bureaucratique et le pratique.
On aura tous compris que Marc Bureau doit assumer la responsabilité politique de cette saga. Mais il n'est pas tout seul dans la galère. Ce sont ses fonctionnaires (architectes, ingénieurs, techniciens et inspecteurs) qui le représentent sur le chantier. Est-ce que cette entreprise est trop complexe? Trop grosse? Au-delà de leurs capacités et de leur expertise? Est-ce que la bouchée est trop grosse à ingurgiter sans s'étouffer? Il semble bien que le recours à des firmes spécialisées dans la gestion de tels projets se serait imposé. Des intervenants du milieu croient que les fonctionnaires municipaux sont dépassés par un projet de cette envergure.
Le côté pratique du dossier doit être assumé par Decarel. Convenons que ce ne sont pas les derniers venus. Or, l'entreprise s'en tire très bien dans les circonstances. Elle n'a qu'à se renfermer dans son mutisme, normal dans les circonstances, et laisser les politiciens se débrouiller avec l'opinion publique. Là encore, il faut que l'entrepreneur en construction ait devant lui des responsables municipaux qui s'y connaissent et qui puissent lui donner la contrepartie de l'éventuel propriétaire. Comment, pour une entreprise de cette importance et de cette réputation, ce dossier est-il devenu aussi merdique?
Qu'ils se soient engagés à un échéancier aussi court dépasse l'entendement. Comme on ne peut pas vérifier sur place et qu'on n'a pas accès aux dossiers ou aux principaux acteurs, on est obligé de s'en tenir à la parole du maire.
Appels d'offres
Courcircuiter le processus d'appel d'offres pour permettre à une nouvelle entreprise de terminer les travaux? Je crois que ce serait une bien mauvaise idée. Au point où on en est rendu, il est préférable d'aller jusqu'au bout. Je ne suis pas un inconditionnel du plus bas soumissionnaire. Une fois qu'on s'est entendu sur les paramètres, c'est plus facile à administrer et le critère du plus bas prix est incontestable, malgré les risques inhérents à une telle méthode.
Dans le cas du complexe sportif, le choix de Decarel ne laissait guère de doute. La firme est reconnue et elle a livré des ouvrages pas mal plus imposants et «complexes» que le complexe sportif. Comprenons-nous bien: on parle d'une coquille abritant une piscine, un plongeoir, des gradins, un gymnase et des vestiaires. On ne met pas un satellite en orbite. Le hic, c'est qu'elle s'est engagée à livrer un édifice de cette taille dans des délais si courts. Et des délais, c'est bien davantage politique que pratique.
C'est pourquoi, quand Marc Bureau promet un nouvel aréna Guertin pour l'automne 2011, j'en doute fortement. J'irais même jusqu'à dire qu'il ne sait pas de quoi il parle. «C'est toujours notre objectif. J'y crois encore. Il y a beaucoup de travail à faire.» Par cette seule déclaration, le maire trahit une conception jovialiste de la réalité. En disant cela, on pourrait bien promettre de reconstruire l'oratoire Saint-Joseph pour l'automne prochain. Pour le néophyte que je suis, l'échéance des Jeux du Québec me semblait bien rapprochée alors que le complexe sportif n'était qu'un terrain de stationnement. À l'évidence, l'échéancier n'avait pas de bon sens. Pourquoi alors n'a-t-on pas eu recours à des firmes spécialisées en la matière? Cela aurait coûté plus cher, mais elles auraient su de quoi elles parlaient.
Quant à l'aréna Guertin, je me rappelle des ultimatums et des urgences d'il y a une quinzaine de mois. Comment se fait-il alors que le maire adjoint, Joseph de Sylva, ait déclaré, la veille de la déclaration du maire Bureau, qu'il faudra quelques années pour régler ce cas, puisque les coffres de Chantiers Canada sont vides?
Incrédule
Je ne crois nullement qu'au moment où l'on essaiera de retourner à l'équilibre budgétaire, à Québec, on va utiliser des fonds de tiroir pour financer un projet de cette envergure, soit environ 50 millions$. Le ministre Norm MacMillan veut bien se faire rassurant, mais je ne le trouve pas très convaincant. Tout ce que j'espère, c'est que le courant passe toujours entre les libéraux à Québec et les péquistes à Gatineau.
La nouvelle du collègue Duquette, dans LeDroit de samedi dernier, a eu l'effet d'un coup de massue. Elle confirme le profond cynisme des citoyens à l'endroit de leurs élus. Si on nous dit que les échéanciers sont respectés ou si on affirme qu'un dossier avance tel que prévu, on est bien mal placé pour dire que c'est de la bouillie pour les chats. Or, il s'avère que lorsque le maire affirmait que les échéanciers du complexe sportif étaient respectés et que le projet de Guertin suivait son cours, c'était exactement cela, de la bouillie pour les chats.









