Aux Etats-Unis, les autorités sanitaires ont estimé que la grippe A/H1N1 pourrait toucher entre 20% et 40% de la population américaine ces deux prochaines années, et faire entre 90.000 et plusieurs centaines de milliers de morts, si une campagne de vaccination et d'autres efforts pour juguler la maladie échouent.
Ces estimations des Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) signifient que la nouvelle grippe A pourrait toucher environ deux fois plus de personnes aux Etats-Unis que la grippe saisonnière habituellement. Ces projections devront toutefois être corrigées fortement à la baisse, si, comme les autorités américaines l'espèrent, un nouveau vaccin est disponible à temps.
Les Etats-Unis pourraient avoir à leur disposition jusqu'à 160 millions de doses en octobre. Les tests sur un nouveau vaccin doivent commencer prochainement, ont annoncé les autorités américaines cette semaine.
Les projections annoncées vendredi par les CDC se fondent sur une pandémie grippale de 1957, qui avait fait 70.000 morts dans le pays. Durant une saison de grippe classique, environ 36.000 Américains meurent de la maladie et de ses complications, selon l'Association médicale américaine (AMA). Jusqu'ici, la nouvelle grippe A a fait 263 morts aux Etats-Unis, selon un dernier bilan.
Au niveau mondial, la pandémie n'en est qu'à ses débuts, et le virus A/H1N1 va encore se propager pendant un certain temps, prévient le directeur général adjoint de l'OMS Keiji Fukuda dans un entretien à l'Associated Press.
«Même si nous avons des centaines de milliers de cas ou quelques millions, (...) nous sommes à un stade relativement précoce de la pandémie», a expliqué M. Fukuda au siège de l'OMS, à Genève. L'organisation internationale estime que jusqu'à deux milliards de personnes, soit près d'un tiers de la population mondiale, pourraient être infectées au cours des deux prochaines années.
La semaine dernière, l'OMS a cessé de demander aux pays de signaler les nouveaux cas, estimant que la tâche devenait trop difficile alors que la maladie s'est largement diffusée dans certains pays.
Les autorités britanniques ont rapporté que 100.000 nouveaux cas ont été enregistrés la semaine dernière en Angleterre, tandis que les Etats-Unis annonçaient avoir franchi la barre du million de cas. Ces chiffres sont très supérieurs aux 130.000 cas confirmés dans le monde répertoriés par l'OMS depuis le début de l'épidémie. «Nous savons que le nombre total de cas confirmés en laboratoire n'est en fait qu'un sous-ensemble du nombre total de cas», explique M. Fukuda.
Fukuda, qui fut chef de l'épidémiologie aux CDC, estime qu'il ne doit y avoir aucun doute sur la sécurité des futurs vaccins anti-grippe A/H1N1 avant qu'on commence à les administrer au public. Les autorités sanitaires et les laboratoires cherchent à accélérer la production d'un vaccin avant l'entrée de l'hémisphère Nord dans la saison grippale à l'automne. Les premières doses sont attendues pour septembre et octobre, précise M. Fukuda. D'autres vaccins ne devraient être disponibles qu'en décembre ou janvier.
«Toutes les parties impliquées dans les travaux sur les vaccins, des fabricants aux agences de contrôle, étudient les mesures qui peuvent être prises pour rendre le processus aussi efficace que possible», souligne M. Fukuda. Mais, ajoute-t-il, «une des choses sur lesquelles il ne peut y avoir de compromis est la sécurité des vaccins.»
Interrogé sur la brusque augmentation des infections annoncées par les autorités britanniques, il a jugé plausible le chiffre des 100.000 nouveaux cas. Il a estimé que cette augmentation était conforme aux prévisions de l'OMS.
Selon l'OMS, la nouvelle grippe A a fait près de 800 morts en quatre mois, soit un bilan plus lourd que celui du virus H5N1 de la grippe aviaire en six ans. La grippe A/H1N1 reste toutefois considérée comme une maladie relativement bénigne. AP











