C'est du moins ce que craint le ministre de la Santé, Yves Bolduc, qui espère, compte tenu de ce scénario, que pas moins de 80 pour cent de la population se fera vacciner contre le virus.
«Actuellement, le scénario qui me fait le plus de craintes, c'est vraiment que les gens ne répondraient pas à la vaccination», a dit le ministre, jeudi, en conférence de presse.
Jusqu'à 35 pour cent de la population, soit de trois à quatre fois plus que lors d'une grippe saisonnière, pourrait être atteinte, prédit M. Bolduc, qui se prépare «pour le pire des scénarios».
Conséquemment, «il faut que les gens se fassent vacciner», a-t-il ajouté, en rappelant que normalement, en prévision de la grippe saisonnière, environ la moitié de la population se fait vacciner.
Mais dans le cas du virus A(H1N1), Québec monte la barre et vise à protéger 6 millions de Québécois, dès le mois de novembre.
Tout en adoptant un ton alarmiste, M. Bolduc a cherché à se faire rassurant, en soutenant que le Québec serait prêt à temps pour composer avec tous les scénarios, même les plus catastrophiques.
Par exemple, pour éviter que des malades atteints de la grippe risquent de contaminer d'autres malades, Québec pourrait identifier des «cliniques de grippe» réservées uniquement aux victimes de la A(H1N1), si le nombre de cas le justifie.
Les employeurs seront mis eux aussi à contribution, car les autorités gouvernementales leur demandent de faire preuve de discernement en renonçant à exiger un certificat médical à un employé qui s'absente plus de trois jours parce qu'il est malade. Le but consiste à ne pas engorger inutilement les cliniques et les cabinets de médecins.
Cette politique est déjà appliquée au gouvernement, a fait valoir le coordonnateur des mesures prises par la Sécurité civile, Michel C. Doré.
«Aux employeurs du secteur privé, on leur propose de faire la même chose», a-t-il dit, soucieux de ne pas surcharger le réseau de la santé.
Au cours des prochains jours, chaque foyer du Québec recevra par ailleurs une publication de quelques pages, le «Guide autosoins», qui vise à aider la population à identifier les moyens de prévenir la grippe, reconnaître les symptômes et indiquer les mesures à prendre en cas de complication.
On prévoit cependant que la plupart des gens, environ 90 pour cent des personnes atteintes, n'auront pas à consulter un médecin et pourront donc - et devraient - se soigner à la maison, en évitant d'aller travailler.
«Le domicile doit demeurer le premier lieu de soins», a rappelé le ministre Bolduc, en disant que c'était là le meilleur moyen d'éviter la propagation du virus, notamment en milieu de travail.
Présent à la conférence de presse, le directeur de la protection de la santé publique, Horacio Arruda, a indiqué pour sa part que les signes qu'une pandémie est à nos portes se multiplient.
Actuellement, au Québec, de toutes les personnes qui subissent des tests de virus d'influenza, «97 pour cent sont du H1N1», a-t-il noté.
«On aura une activité (grippale) plus intense au cours des prochaines semaines au Québec, probablement de l'activité bien avant Noël», a précisé M. Arruda.
Mais malgré les nombreuses mises en garde du gouvernement et les campagnes de sensibilisation, les Québécois semblent se croire immunisés.
Un sondage récent de La Presse Canadienne - Harris-Decima effectué auprès d'un millier de répondants indiquait que les Canadiens, et particulièrement les Québécois, affichaient bien peu de crainte d'attraper le virus et que seulement le tiers de la population avait l'intention de se faire vacciner.
Un autre sondage effectué en septembre, par la firme CROP, pour le compte de l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés auprès des travailleurs salariés québécois, indique que près du quart d'entre eux disent que si eux-mêmes ou un membre de leur famille contractait la grippe A(H1N1), ils iraient travailler quand même.











