Si la question de la langue a été l'un des facteurs déterminants, la réputation du Canada a aussi contribué à séduire Khalid Azzouzi. Il estimait que la France connaissait certaines limites et que le pays ne correspondait pas à ses attentes d'un point de vue personnel et familial.
«C'est le hasard qui m'a amené ici. J'avais fait des démarches auprès de toutes les agences de la province sauf en Outaouais, une région que je ne connaissais pas du tout. Ma demande s'est retrouvée ici où il n'y avait plus qu'un seul hémato-oncologue. Cette situation faisait en sorte qu'on était à la limite du bris de service», explique celui qui traite des patients atteints de cancers et d'autres maladies du sang dans les hôpitaux de Hull et de Gatineau.
Mais avant d'avoir le droit de pratiquer au Québec, il a dû suivre l'ensemble des procédures imposées par le Collège des médecins du Québec. À partir de 2002, il lui a fallu deux ans avant de pouvoir réussir tous les examens et obtenir toutes les autorisations nécessaires.
Histoire de famille
Le spécialiste a choisi la médecine parce que plusieurs membres de sa famille ont aussi fait le choix de la filière médicale. C'est également une histoire de famille qui l'a fait pencher pour l'hémato-oncologie. Sa grand-mère n'a pas survécu à un cancer du sein et l'un de ses cousins a été emporté par la leucémie. La perte de ces êtres chers l'a profondément marqué.
Lui qui a pratiqué au Maroc, en France et maintenant au Québec, constate que la souffrance associée à la maladie est la même dans tous les pays. «Ce qui diffère, c'est le système, les soins, les croyances et les coutumes. Les gens n'ont pas tous les mêmes sentiments face à la maladie ou à la mort.»
Lors de son arrivée dans le système de santé de l'Outaouais, il n'éprouve pas de choc scientifique puisque la pratique est la même. Mais la question de l'organisation des soins et la pénurie de personnel le frappe de plein fouet. En France, il existe une forme de cohabitation entre le privé et le public. Le pays compte davantage de médecins de famille et la pénurie d'infirmières est moins prononcée qu'au Québec.
«Ici, je me suis rendu compte que lorsque les patients n'ont pas de médecins de famille, ils continuent d'utiliser des ressources hospitalières. Si une personne a un médecin de famille, ce dernier peut assurer le suivi après les traitements. C'est plus simple et moins coûteux», explique-t-il.
De nombreux cas
En 2008 à Hull, il estime qu'il a vu 450 nouveaux malades plus 150 autres en hospitalisation et aux urgences. Les cancers qu'il rencontre le plus souvent sont ceux du poumon, du sein et les cancers colo-rectaux. Il ne se passe pas une semaine sans qu'il ne voit de nouveaux cas de cancer du sein ou du poumon.
La région dispose de deux hémato-oncologues et d'un oncologue. Compte tenu du manque de spécialistes en oncologie et pour éviter qu'il y ait des listes d'attente, le temps accordé aux patients est plutôt court. Les médecins comptent sur les infirmières, sur les pharmaciens et sur les infirmières pivot pour que toute l'information soit transmise aux malades et pour qu'ils puissent répondre à certaines questions formulées par les patients. «Tout le personnel non médical nous aide. Ces gens peuvent expliquer le bon déroulement d'une chimiothérapie et quels seront les effets secondaires. C'est très important. Mais le nombre de patients excède les ressources dont nous disposons», ajoute le Dr Azzouzi.
La vérité
L'oncologue a un premier contact avec le malade au moment du diagnostic. Les nouvelles ne sont pas toujours réjouissantes. «Il faut être rassurant même si la maladie est grave quand on a les moyens de lutter. Évidemment on ne peut pas mentir. On s'en tient à la stricte réalité au sujet du pronostic.»
Le second rendez-vous est fixé tout juste avant le premier traitement. Il y est question des effets et des ressources qui sont disponibles. «Globalement, la règle est de voir les gens avant leur chimio parce qu'on doit vérifier qu'il n'y a pas d'aggravation de la maladie. Les patients sont aussi évalués par l'infirmière.»
Motivations
Les malades ne gagnent pas tous la bataille qui les oppose au cancer.
Mais le Dr Azzouzi croit que l'espoir de guérison est un élément crucial. Il a le sentiment et la conviction d'être utile et souligne le courage des patients. De plus, il loue l'esprit d'équipe avec les médecins mais surtout avec les gestionnaires de l'hôpital et les infirmières.
«Quand quelqu'un de très malade se retrouve guéri, c'est ça l'espoir. On sait qu'on ne peut pas guérir tout le monde qui est aux prises avec une maladie grave. Mais chaque gain est une victoire. On gagne des batailles mais pas la guerre. Ce n'est pas seulement une affaire de médecin seul face à la maladie. On est aussi tributaires du système de connaissances.»
Il souligne que de nouveaux traitements permettant aux personnes atteintes notamment de cancer du sein ou du colon de vivre plus longtemps. «À défaut de les guérir complètement, les gens peuvent vivre plus longtemps. C'est ce qu'on appelle la survie sans rechute même s'ils doivent vivre avec les effets secondaires des médicaments.»
Vivre avec le stress
Le stress est également un facteur que les médecins doivent être en mesure d'apprivoiser. Selon le Dr Azzouzi, il est lié au manque de ressources, au manque d'organisation et à la possibilité de commettre une erreur. «Il faut connaître ses limites. Mais la charge de travail est lourde à cause de la pénurie. On est des êtres humains. Parfois, il faut s'arrêter parce qu'on atteint une limite émotive. Il faut alors sortir de la bulle hospitalière», constate avec lucidité le spécialiste de 43 ans
cbarriere@ledroit.com
Nouveaux cas de cancer en Outaouais (2005)
Côlon-rectum 189
Pancréas 33
Poumon 264
Sein 183
Prostate 94
Vessie 61
Ensemble de tumeurs malignes 1285
Source : Éco-santé Québec d'après les données du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. Ces chiffres incluent les patients de l'Outaouais qui sont traités en Ontario selon Éco-santé Québec. Toutefois, selon les travaux de la Direction de la santé publique, ces données seraient incomplètes puisque de nombreux cas de personnes traitées en Ontario ne seraient pas pris en compte.













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