Il s'agit d'une discipline assez récente qui n'est pas enseignée en tant que telle dans les universités, affirme celle qui a complété sa formation de psychologue clinicienne il y a plus de 25 ans.
Un psychologue en cancérologie est avant tout un psychologue dont le travail n'est pas si différent de celui qui s'effectue en pratique privée ou dans le domaine de la santé mentale, assure-t-elle. Elle perçoit son rôle comme en étant un d'accompagnement, tout en aidant les hommes et les femmes à grandir dans cette expérience.
Selon Carole Levac, un diagnostic de cancer interroge les questions de vie et de mort, de vulnérabilité et de mortalité. «Il touche les fantasmes d'invulnérabilité et d'immortalité. Et il y a une part de nous qui est habitée par ça. Le cancer fait perdre pied. C'est l'occasion d'amener la personne à avoir meilleur pied pour le futur. Parce qu'il y a toujours un après.»
Les services en psychologie sont offerts par Carole Levac et son collègue Louis Dubois aux adultes aux prises avec un cancer, quel qu'il soit, et ce, à toute étape de la maladie ou du traitement. Il peut s'agir de gens qui ont un bon pronostic et dont la visée du traitement est curative. Il y en a d'autres dont la guérison n'est pas attendue, notamment les personnes en fin de vie qui reçoivent des traitements palliatifs.
«On doit les amener à voir qu'il y a toujours un possible de vivre avec le cancer même si on sait que la maladie ne partira pas et même si la mort approche», insiste-t-elle.
Elle explique que même avec un bon pronostic par exemple 97% des personnes survivent à un type de cancer les malades songent toujours aux 3% qui restent. «Je veux amener les gens à être des personnes qui vont mieux fonctionner ensuite dans leur vie, peu importe la suite des choses.»
Accepter la souffrance
Certains pourraient croire que le fait de toujours rencontrer des gens atteints de cancer peut devenir lourd à porter.
La psychologue clinicienne estime que ce n'est pas le cas puisque sa formation implique une capacité à accepter la souffrance de l'autre. «Je la prends mais je ne la fais pas mienne. Les patients ne me drainent pas, bien au contraire. On a tous l'angoisse de la mort et en continuant mon travail, plus je l'apprivoise et plus elle diminue.»
L'hôpital offre également un service d'aide pour les proches des personnes atteintes de cancer. «Ce n'est pas facile de voir quelqu'un qu'on aime avec un cancer. Je rencontre ces gens à quelques reprises pour les aider à se remettre en piste. Quand on aide un proche, on aide aussi la personne atteinte.»
La fréquence des visites dépend évidemment de l'état des patients. «Si une personne est en crise, je peux la voir une fois par semaine. Mais je ne peux pas me permettre davantage. Nous sommes assez occupés mais on est occupé partout à l'Hôpital de Gatineau», précise-t-elle.
Les rendez-vous sont habituellement donnés aux deux semaines mais il faut tenir compte de l'état de santé de la personne, de ses traitements et de leurs effets secondaires. Certains viennent une fois par mois ou selon les besoins identifiés. Le rythme peut être aussi variable.Elle peut voir de quatre à cinq patients par jour.
Il est toutefois impossible de savoir quel pourcentage des personnes diagnostiquées choisit de rencontrer un psychologue par rapport à toutes les personnes traitées. Les demandes proviennent notamment des infirmières pivot en oncologie, des chirurgiens et des médecins à l'Unité de médecine familiale de l'hôpital.
La psychologue participe aussi à la rencontre qui a lieu avec la physiothérapeute et les femmes qui ont subi une mammectomie dans le cadre du protocole postmastectomie.
Groupe d'entraide
Une fois par semaine, Carole Levac anime un groupe d'entraide ouvert à tous ceux qui sont aux prises avec le cancer.
«Les gens qui ont reçu un diagnostic, qu'ils soient en traitement ou qu'ils l'aient complété peuvent y participer. Les échanges touchent le cancer, mais c'est libre. J'anime la rencontre. Il n'y a pas d'ordre du jour. Cette maladie vient les contraindre déjà assez dans leur vie. Je ne veux pas les mettre dans d'autres contraintes car le cancer crée un sentiment de perte de liberté et d'impuissance.»
Les participants, qui n'ont qu'à dévoiler leur prénom, échangent leurs idées et leurs réflexions. Elle cite en exemple une question qui peut leur être posée: quel est votre film préféré et pourquoi ce film vous tient-il à coeur? «Le but est le développement de la personne.»












