Le physicien appréciait la physique et les mathématiques mais à 20 ans, il tombe gravement malade. Le jeune homme d'origine algérienne décide de poursuivre ses études et opte ensuite pour la faculté de médecine afin de mieux saisir le drame dans lequel son corps a plongé.
C'est à partir de ce moment que ce survivant de la maladie a acquis un très grand respect pour la médecine et les médecins.
Comme il ne pouvait devenir chirurgien à cause de sa condition, deux choix s'offraient à lui : s'occuper de la vie en obstétrique-gynécologie ou de la cancérologie en venant en aide à des patients qui, tout comme lui, se sont retrouvés un jour face à la mort.
La radio-oncologie est une discipline de la cancérologie qui étudie le cancer d'un point de vue du diagnostic thérapeutique. Elle utilise le rayonnement ionisant comme arme thérapeutique pour guérir ou soulager le cancer. Le médecin établit avec le patient un plan de traitement. Le Dr Chelfi travaille surtout en tant que radio-oncologue même s'il fait également de la cancérologie clinique. Et même s'il n'a pu devenir chirurgien, il peut démontrer son savoir faire tous les lundis grâce à la curiethérapie qui consiste à insérer des cathéters chez certaines patientes qui ont le cancer du sein. « Je suis béni des dieux », dit-il en insistant.
Il avoue sans ambages admirer les médecins qui décident de se consacrer à la pédiatrie, à la néonatalogie ou à la radio-oncologie pédiatrique.
Il affirme ne pas être capable de soigner les enfants jusqu'à l'adolescence, que cette idée de la maladie chez les petits l'abat complètement.
La vie fragile
Est-ce tout ce temps passé à soigner les patients ou le fait de batailler quotidiennement aux côtés des personnes atteintes d'un cancer, mais le médecin se fait également philosophe. La maladie qui l'a frappé quand il était jeune a littéralement transformé son approche de la vie.
« Quand on vient sur terre, le mot fin du film de notre vie est déjà inscrit le premier jour. On joue alors le rôle de notre vie. On sait qu'elle aura une fin avec un jour, un mois et une année. On prend conscience de la fragilité du temps et du fait que la vie a une limite notamment quand il y a, par exemple, un diagnostic de cancer. Dans mon cas, ma maladie m'a totalement changé. Je suis un survivant avec les défauts qui viennent avec. J'ai conscience de la finitude de la vie. Je suis encore là. »
Le cancer étant une maladie potentiellement mortelle, elle pousse les médecins qui s'y consacrent à se questionner sur leur propre vécu. « Quand un malade vient nous voir, il est essentiel pour nous de recoller tout ça. C'est un privilège que le patient vous rend en donnant ses morceaux cassés car c'est là que la vie a un sens. Il faut lui donner espoir et l'heure juste en même temps », explique le Dr Chelfi.
Une question d'humanité
Arrivé à Ottawa en 1991, il se rappelle qu'il ne parlait pas un mot d'anglais. Qui plus est, l'approche envers les patients était fort différente de celle qu'il connaissait en France et dans les pays plus au sud. Selon lui, le monde anglo-saxon privilégiait alors les faits et les chiffres.
Et si un patient pleure, il ne pousse pas la boîte de mouchoirs dans sa direction comme on lui avait appris à son arrivée au Canada. Il préfère alors lui tenir la main, un geste plus important que de donner des chiffres. Quand il se trouve avec un patient, il essaie de faire de lui un « expert » afin qu'il prenne la décision qui soit la plus éclairée. Il donne ensuite des chiffres et c'est au patient de choisir. Il doit notamment établir un plan de traitement pour chaque patient en fonction du stade et du type de maladie. Le diagnostic est à la fois une décision thérapeutique et multidisciplinaire car il rappelle qu'il y a le cancer, et le patient qui a le cancer.
« On doit adapter la science au malade et remettre la maladie dans le contexte du patient. Je l'aide dans le cheminement de son choix. C'est la vie, la maladie, l'histoire des personnes qui nous apprend à être comme ça. Pas la médecine et pas les bouquins. Il est beaucoup question d'humanité. Un malade n'a pas besoin que des statistiques. Il a ses doutes et il doit réfléchir. Il y a des pathologies où on est face à la mort. Les patients et leurs proches sont autant de solitudes que l'on doit aider. La science est belle, les techniques sont belles mais ce qui manque souvent, c'est l'humanité. »
Quand il a devant lui des personnes qui sont aux prises avec l'échec de la thérapie, il affirme ne pas avoir le choix. Il doit dire la vérité. « Les gens disent qu'ils ne veulent pas mourir alors on pleure ensemble. C'est dur ce sentiment de culpabilité quand on n'a pas été en mesure de vaincre, quand on a promis de tout faire pour que ça n'arrive pas. Parfois la maladie est plus forte. »
Le Dr Chelfi est bien conscient de s'embarquer de manière affective avec ses patients. Selon lui, il s'agit d'une question de tempérament. « Je suis passionné et c'est dur quelques fois », admet-il en ajoutant que son travail est presque un sacerdoce.
« Il y a aussi toute la joie de patients guéris. Certains m'écrivent depuis des années. Je me sens alors comme un enseignant qui revoit ses élèves. »
Le futur centre de cancérologie qui sera inauguré cet automne l'enthousiasme pleinement. Lui qui est arrivé à l'hôpital de Gatineau en 1998 estime qu'il a fallu 10 ans pour voir le projet aboutir. À cette époque, l'établissement ne comptait qu'un seul radio-oncologue et cinq technologues. Aujourd'hui, ils sont quatre à cinq fois plus nombreux.












