Alphabétiser pour sauver sa langue

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Alphabétiser pour sauver sa langue

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Il faut aller chercher ces "francophones de coeur" qui ont délaissé leur langue parce qu'ils éprouvaient des difficultés, estime LouiseLalonde, coordonnatrice du Centre Moi j'apprends. "Le français, ça se vit. Ça se partage"

Jean-François Dugas, LeDroit

Jean-François Dugas
Le Droit

Le Centre Moi j'apprends est au coeur de la promotion du fait français depuis deux décennies en Ontario.

Le centre d'alphabétisation communautaire offre des services de formation de base aux adultes francophones du comté de Russell depuis 20 ans, en plus de ceux de la ville d'Ottawa depuis maintenant trois ans. Au fil des ans, il a assuré que les francophones tant d'origine canadienne qu'étrangère redécouvrent une fierté pour leur langue maternelle et leur culture afin d'échapper à l'assimilation omniprésente.

Un rôle primordial

«Au chapitre de la francophonie, autant qu'on passe souvent aux oubliettes, nous sommes un joueur très important. Notre clientèle est probablement l'une de celle qui est le plus à risque de perdre sa culture», affirme Louise Lalonde.

 

La coordonnatrice du centre de ressources ne parle pas à travers son chapeau.

Elle oeuvre au sein du Centre Moi j'apprends depuis les tout débuts. Elle y a côtoyé des gens de tous âges et plus récemment de toutes cultures, tous à la recherche d'un perfectionnement personnel, souvent en lien direct avec la langue de Molière.

«Pour plusieurs Canadiens, le système n'a pas fonctionné. Ils ont été élevés en français et pour toutes sortes de raisons, ça n'a pas fonctionné, alors c'est certain qu'ils sont attirés par le côté anglophone parce que c'est tellement omniprésent et ça leur paraît facile. Malheureusement, ils délaissent toute la culture francophone.»

Le problème est semblable pour les immigrants fraîchement arrivés au pays, constate-t-elle.

«Même s'ils viennent d'un pays francophone, on essaie de les aiguiller vers des programmes anglophones pour les assimiler le plus rapidement possible pour leur trouver un emploi. Donc, on a un travail énorme pour sensibiliser ces gens-là. Premièrement pour leur donner accès à tout ce que notre culture peut leur apporter mais aussi de les introduire au fait français en Ontario.»

Le Centre Moi j'apprends ne prétend pas être le sauveur de la culture francophone, loin de là.

L'absence de financement adéquat du ministère de la Formation, des Collèges et des Universités de l'Ontario l'enveloppe budgétaire est la même depuis 10 ans et le manque général de ressources font en sorte que le centre d'alphabétisation parvient à atteindre seulement 1% de la population qui a besoin de ses services. Bref, la douzaine de formatrices des deux centres est limitée dans ses champs d'action.

Apprendre pour mieux vivre

Néanmoins, grâce à une multitude d'ateliers, des milliers de francophones ont tout de même bénéficié d'une aide pour répondre à leurs besoins spécifiques.

«Notre mandat principal est de travailler avec les adultes francophones. Ce n'est pas un endroit pour venir apprendre une langue seconde. Nous travaillons au chapitre de l'acquisition de compétences essentielles de base, tels la lecture, l'écriture, le calcul et de l'informatique. En même temps, c'est certain que l'on touche les domaines comme l'autosuffisance, l'autogestion, la prise en charge aussi», indique MmeLalonde.

Si certains recherchent des compétences précises pour effectuer un retour sur le marché du travail ou pour maintenir leur emploi, d'autres veulent perfectionner leurs compétences de base dans le but de reprendre des études qui mèneront vers un diplôme secondaire. Finalement, certains cherchent simplement à améliorer leur qualité de vie.

«Environ 40% des gens viennent pour améliorer leurs chances d'employabilité et 40% viennent parce qu'ils veulent intégrer un autre programme de formation, signale MmeLalonde. Depuis quelques années, nous sommes devenus plus scolarisant, mais nous n'avons jamais délaissé notre mandat premier de répondre aux besoins individuels de la personne.»

Par ailleurs, la clientèle s'est diversifiée au point où le Centre Moi j'apprends a développé des programmes connexes en littératie, qui consiste à aider les clients et leur famille à bien utiliser la langue française dans leur vie de tous les jours.

Il est d'ailleurs reconnu comme un chef de file à ce chapitre en province. Leurs programmes ont été exportés aux quatre coins de l'Ontario. Dans la région, quelque 650 familles ont profité des bienfaits de ce service.

Le Centre Moi j'apprends a aussi réalisé une vingtaine de productions en écriture simple. Les outils d'apprentissage, tels romans, histoires, et jeux se trouvent aujourd'hui sur les tablettes de plusieurs centres de formation à travers le pays.

Les exemples du succès du Centre pullulent. Tout récemment, un ancien élève d'origine haïtienne a obtenu son diplôme de l'Académie de dessin de Mode Richard Robinson d'Ottawa. Il y a trois ans, il était arrivé au Canada ne sachant ni lire ni écrire mais, muni d'un talent inné pour le dessin. Le couturier l'a pris sous son aile même s'il ne connaissait pas plus les tissus ni les techniques de mode après que les artisans du centre d'alphabétisation eurent poussé le jeune prodige dans la bonne direction.

Il y a aussi l'exemple des chasseurs de Prescott-Russell. Le ministère des Ressources naturelles de l'Ontario les avait forcés à obtenir un permis pour pratiquer leur loisir.

Ayant de sérieuses difficultés en français, la majorité de ceux-ci a eu recours au service du centre. Non seulement ont-ils appris à lire et à écrire, mais ils ont décelé de sérieuses erreurs dans les manuels fournis par la province! Des correctifs ont été apportés à la suite des commentaires des chasseurs de l'Est ontarien.

Malgré ses succès, le Centre Moi j'apprends continue son travail de perfectionnement pour les francophones.

«On a besoin d'aller récupérer toutes ces personnes-là qui sont des francophones dans leur coeur mais qui ne l'extériorisent pas ou qui vont toujours répondre en anglais, estime M.Lalonde. Il faut mousser la francophonie et montrer le côté amusant.»

«Le français, ce n'est pas juste des règles de grammaire, poursuit-elle. Le français ça se vit. On peut avoir énormément de plaisir en français. Ça se partage. C'est une langue vivante. Ce n'est pas du latin!»

 

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