Si le premier colon arrive dans l'Est ontarien en 1790, l'endroit demeure relativement inhabité jusqu'au jour où deux Américains, Thomas Mears et David Pattee, voient le potentiel énorme de Hawkesbury. En 1805, ils fondent les Scieries Hawkesbury qu'ils refilent quelques années plus tard aux frères Georges et William Hamilton.
Durant cette même période, les autorités britanniques veulent peupler ce territoire du Haut-Canada. On encourage donc une vaste immigration.
«Au cours de la première moitié du xviiie siècle, la population est anglophone dans la région de Hawkesbury et dans les Comtés unis de Prescott et de Russell, souligne Michel Prévost, archiviste en chef de l'Université d'Ottawa. L'arrivée de francophones s'active en deuxième moitié de ce siècle. On parle alors d'une invasion pacifique des francophones dans l'Est ontarien.»
Exode de masse
Cette «invasion pacifique» est due en partie à l'émigration des anglophones aux États-Unis.
La guerre anglo-américaine de 1812 fait fuir nombre d'anglophones qui refusent de se battre contre leurs anciens voisins ou membres de leurs familles. Autre élément de départ, certains n'apprécient guère les terres basses. Ils préfèrent celles d'un relief plus montagneux, comme sur le Vieux Continent. Ils cherchent un donc meilleur sort au Sud. Au bout du compte, ils quittent par centaine de milliers.
La surpopulation au Bas-Canada apporte également un tel exode.
Efforts du clergé
Le clergé encourage toutefois les francophones à rester au Canada et à venir s'installer en Ontario.
En 1849, le premier évêque de Bytowne (Ottawa), MgrJoseph Bruno Guigues, crée une société de colonisation pour attirer les francophones afin de peupler son diocèse.
«Le clergé a joué un grand rôle. Il a contribué à amener des Canadiens français. La population francophone augmente très rapidement en raison de la croissance démographique», relate M.Prévost.
À Hawkesbury, les colons francophones se déplacent pour cultiver la terre après avoir racheté les terres des anglophones. Leurs expériences dans la vallée du St-Laurent les auront appris à composer avec de telles circonstances.
«Ce qui explique qu'ils deviennent majoritaires à la fin du xviiie siècle. Le clergé a joué un rôle primordial relativement à l'arrivée des francophones à Hawkesbury», précise M.Prévost.
Cheap labor
En plus de l'exode et de l'influence du clergé, le cheap labor des Canadiens-français a concrétisé la place du fait français à Hawkesbury.
L'industrie forestière bat toujours son plein dans la Ville au début du XXe tandis que celle des pâtes et papier s'active avec l'arrivée de la papetière de la Canadian International Paper (CIP). Les propriétaires de telles entreprises cherchent alors une main-d'oeuvre non spécialisée et peu dispendieuse. Les francophones formaient un bassin important de tels ouvriers. La demande attire des hommes. On était même prêts à travailler malgré un salaire dérisoire.
«Les francophones constituaient une main-d'oeuvre à bon marché. Après les autochtones, ils avaient les plus bas revenus au Canada»
Une fois sur place, les familles «ont fait des p'tits.» Aujourd'hui, la population de Hawkesbury est composée de 77 % de francophones.
Il y a une raison historique qui explique pourquoi plusieurs artères de Hawkesbury portent des noms anglophones. Les rues Queen, Victoria William et autres sont en quelque sorte des vestiges de l'empire britannique en sol ontarien. Même le nom de la ville, fondée en 1798, rend honneur au baron de Hawkesbury, Charles Jenkinson. Les loyalistes ne faisaient que rendre grâce à la royauté d'Angleterre en agissant de la sorte. Bref, ils marquaient leur territoire.
Plus de 200 ans plus tard, l'inverse s'est produit.









