D'abord accueilli avec scepticisme tant par les anglophones que les francophones de la province , l'étendard rassemble aujourd'hui. Pour l'occasion, LeDroit s'est entretenu avec Guy Gaudreau et Stéphanie St-Pierre, respectivement professeur à la retraite et chargée de cours à l'Université Laurentienne et deux des coauteurs du livre Le drapeau franco-ontarien, paru en 2005, qui retrace l'histoire de ce symbole des 600000 francophones de la province.
Pourquoi était-il nécessaire de créer un drapeau, en 1975?
Stéphanie St-Pierre: Lorsque les Québécois cessent de se définir comme Canadiens-Français vers la fin des années 1960, les autres francophones du pays perdent eux aussi leur identité. Les Canadiens-Français de l'Ontario redéfinissent leurs rapports avec eux-mêmes, les Québécois et la majorité anglophone de l'Ontario. Le milieu des années 1970, c'est en quelque sorte notre «révolution culturelle».
Guy Gaudreau: Dans ce contexte, un jeune professeur d'histoire sudburois, Gaétan Gervais, et un étudiant, Michel Dupuis, s'associent pour créer un drapeau pour représenter l'Ontario français. Personne ne sait si ça va marcher. Leur coup de génie, c'est qu'ils décident de rester anonymes: ils ne veulent pas handicaper leur drapeau en risquant qu'il soit associé avec un certain groupe de francophones plutôt qu'un autre, par exemple ceux de Sudbury par rapport à ceux d'Ottawa. Ce n'est que 15 ans plus tard qu'on apprend qui sont vraiment les créateurs du drapeau.
Est-il adopté sur-le-champ par les communautés?
SS: Au début, la réaction est mitigée chez les francophones, pour ne pas dire inexistante. Mais tout change quand des textes négatifs paraissent dans des journaux anglophones qui soutiennent que le drapeau canadien, inauguré en 1965, fait l'affaire. Le Voyageur de Sudbury, un peu tiède à l'idée d'un drapeau, fini par lui donner son appui. Dès lors, le drapeau commence à gagner en popularité.
GG: Ensuite, d'autres minorités linguistiques à travers le pays emboîtent le pas: Les Fransaskois en 1979, les Franco-Manitobains en 1980, les Franco-Albertains en 1982 obtiennent tour à tour leurs drapeaux, souvent inspirés du nôtre. Les autres provinces suivent ensuite.
Pourquoi avoir choisi la trille, le lys, le vert et le blanc pour symboliser l'Ontario français?
GG: Pour en arriver à cette combinaison, les créateurs se sont armés de stylos de différentes couleurs, en tentant de combiner différentes couleurs et symboles pour le créer. On choisit la trille, symbole de la province, pour signifier que les Franco-Ontariens sont Ontariens à part entière. La fleur de lys représente l'appartenance à la francophonie mondiale. On accorde une importance égale aux deux. Pour ce qui est des couleurs, on choisit le vert pour les forêts omniprésentes dans le nord de la province et l'été, puis le blanc pour nos hivers.
SS: En fait, ils ont trouvé l'exemple de trille sur une enveloppe gouvernementale, et la fleur de lys dans un dictionnaire. C'est clair qu'en choisissant le vert et le blanc, ils voulaient s'éloigner des couleurs très politiques que sont le rouge, libéral ou «canadien», et le bleu, conservateur ou «québécois». Le vert se distingue.
À quel moment devient-il un outil politique?
GG: Au début, on ne sait trop qu'en faire. On le voit ici et là dans les manifestations pour l'obtention des écoles secondaires francophones, dans les années 1980, mais sans plus. Le drapeau est loin de faire consensus, jusqu'à un jour précis: le jour du grand rassemblement de S.O.S. Montfort, le 22mars 1997. Dès lors, tout change. Le drapeau devient un outil de mobilisation politique. Comme c'est une cause très «à fleur de peau» pour tous les Franco-Ontariens, le drapeau devient le symbole de la fierté, de la victoire.
SS: Les organisateurs (de S.O.S. Montfort) ont choisi de le rendre omniprésent sur la scène. Partout, quand on parlait de Montfort on voyait le drapeau, des gens qui s'en étaient enveloppés, ou qui se l'étaient maquillé sur le visage. Visuellement, ça frappe. Puis, en 2001, c'est la consécration. Le drapeau est reconnu par l'Ontario comme un symbole officiel.











