Le couple de Clarence Creek, dans l'Est ontarien, a fondé le Regroupement des parents et amis des enfants sourds et malentendants franco-ontariens (RESO) pour répondre à un besoin flagrant en Ontario: l'absence de services et de ressources en français.
«C'était l'Ontario pour les anglophones et Montréal pour les francophones. Il n'y avait pas de place pour les Franco-Ontariens», relate M.LeMay. «Nous avons été obligés de nous battre dès le début pour obtenir des services pour notre fils sourd.»
À titre d'exemple, il se rappelle comment ce fut quasi impossible de placer Joël en garderie.
Pas de place pour les «handicapés», leur disait-on. Il aura fallu se rendre finalement à Hawkesbury, à quelque 60 kilomètres de leur domicile, afin de lui trouver un service de garde.
«Vers l'âge de 14 ans, on s'est aperçus qu'il manquait radicalement de services francophones pour les sourds à l'école, explique M.LeMay. Le mode d'enseignement nous faisait dresser les cheveux sur la tête.»
Entre-temps, l'éducation à la maison avait été tout autant difficile jusqu'à l'adolescence. Il fallait communiquer avec des gestes, des dessins.
«La communication était limitée avec Joël, ajoute MmeDrouin. Et c'est vraiment quand il est allé se chercher une langue à (l'école secondaire) Lucien-Pagé à Montréal, dans un groupe d'une centaine de 100 sourds, qu'il s'est retrouvé. On lui a ouvert la porte à l'information, on lui a donné accès à une vie sociale. En plus de pouvoir communiquer, ils ont besoin d'un groupe d'appartenance. C'est fondamental.»
C'est donc leur fils, «l'étincelle», qui a poussé les parents à venir en aide aux familles, une sur mille, aux prises avec la surdité de leur enfant.
Les débuts
De fil en aiguille, ils contactent d'autres parents vivant une situation similaire aux quatre coins de la province à la fin des années 1980. Un groupe est alors mis sur pied.
MmeDrouin approche éventuellement le Centre Jules-Léger, qui offrait des programmes pour les élèves ayant des difficultés d'apprentissage, pour mettre sur pied un service d'évaluation des sourds. Armé de sa maîtrise en psychologie, elle obtient un soutien financier pour concrétiser son projet de surdité, le premier en Ontario.
S'il y avait trois ou quatre sourds dans les années 1980, la section du Centre Jules-Léger en surdité naît à la suite de pressions des parents au début de la prochaine décennie. Une classe secondaire voit même le jour en raison de leurs efforts. Un autre projet donne lieu à une classe de maternelle au centre en 1997.
Aujourd'hui, les éducateurs du Centre Jules-Léger enseignent aux élèves avec des problèmes d'apprentissage mais aux enfants affligés par la surdité, la surdicécité et ou la cécité. Depuis 15 ans, on apprend aussi la langue des signes québécoise (LSQ) aux familles.
Langue des signes
«La langue des signes, c'est comme un passeport. L'enfant sourd a besoin d'une autre langue parce qu'il fait partie de deux communautés qui se chevauchent, signale MmeDrouin.
«Les recherches et notre expérience nous démontrent que des sourds ont développé leur français à partir de la langue des signes. Les gens pensent qu'on peut enseigner directement la lecture à un enfant qui n'a pas de langue... C'est de l'ordre de l'impossible.», ajoute M.LeMay
À cet effet, les membres fondateurs du RESO continuent à appuyer les parents en besoin dans leur petit local du Centre Jules-Léger, malgré le cap des 70 ans franchis pour chacun.
«Nous sommes à la retraite, mais nous sommes ici tous les jours», confie M.LeMay.
Des ressources matérielles (livres CD, DVD) continuent à voir le jour. Des histoires audionumériques, avec signes et voix, permettent d'ailleurs aux sourds et à leur famille de suivre la même histoire.
En 2005, un nouveau dictionnaire imagé pour apprendre le LSQ est créé par le RESO avec plus de 3000 images. Le dernier remontait au milieu des années 1980 et ne favorisait pas particulièrement l'apprentissage.
C'est réussi pour les fondateurs du RESO. Toutefois, ils n'ont pas à rêver l'avenir de leur fils. Ils le vivent avec lui à tous les jours. Joël LeMay enseigne à l'école provinciale des sourds au Centre Jules-Léger.
Pour ceux qui veulent imiter les bâtisseurs, leurs ressources se trouvent au www.resosurdite.com. Tous leurs services y sont décrits. Il ne reste qu'à leur faire «signe».










