Cette impression est renforcée par l'emphase que ce nouvel établissement met sur les charcuteries, souvent basées sur la viande de porc. Il trône d'ailleurs sur le bar un présentoir à charcuteries aussi attirant qu'intriguant. À l'intérieur, des terrines, rillettes et pâtés divers, parfois maison, mais pour la plupart achetés dans le commerce. Les propriétaires Paddy Whelan et le chef Steve Mitton (autrefois de Social) suggèrent de choisir cinq items (deux viandes, trois fromages, ou l'inverse) pour 25 $.Le restaurant Murray Street s'est établi dans ce qui a été pendant 16 ans le Bistro 115 du couple Suzanne Lafrance-André Giroux. Le rez-de-chaussée a été refait de fond en comble : out ! la tapisserie genre Laura Ashley, in ! le noir, le bois, le verre, le cuir. De chaud et lourd à froid et moderne. On s'y sent vite à l'aise, par contre.
Si le Bistro 115 a longtemps été un repaire pour une clientèle francophone huppée, ils désespéreront du peu d'égard que l'on fait au français aujourd'hui. Le menu n'est qu'en anglais (malgré les offres de traduction subventionnée par les autorités), l'accueil aussi, sauf pour quelques mots à force de voir que nous insistions. Le service est décontracté, à l'image d'une clientèle-cible plus jeune, mais cela aurait parfois besoin d'être resserré un peu.
Des ingrédients recherchés
Le menu propose une demi-douzaine d'entrées, autant de plats principaux. Des bases assez standardisées (salades, boeuf, poulet, canard, porc) mais assez éclatées dans leurs préparations. Il y a une recherche d'ingrédients de qualité : ce n'est pas du porc mais du porcelet d'une finesse exceptionnelle. Idem pour le boeuf, pour le poisson choisi parmi les variétés plus «écologiques».
Préparation éclatée ? Rien de plus éclaté que le «sandwich» bacon-laitue-tomate (10 $) que vous ne reconnaîtrez pas. Sur une tranche de pain de l'exceptionnelle boulangerie d'Ottawa Art-Is-In, des tranches de tomates patrimoniales juteuses et goûteuses, de la bedaine de porc fumée au lieu de frite (sinon ça serait des oreilles de Christ), de la mayonnaise maison.
Recherche d'ingrédients, préparations maison. Comme dans cette assiette de porcelet (25 $) servi sur un maïs en crème maison et des fèves au lard délicieuses et une lampée d'une gelée de pommes qui se marie parfaitement avec la tendreté du petit animal. Tout cela est aussi vrai pour les bajoues de boeuf longuement braisées (26 $), sur lit de spätzles bien fraîches, ces nouilles alsaciennes que l'on voit peu ici.
Côté présentation des assiettes, il y aurait moyen de s'éclater un peu plus loin encore, quoique les viandes braisées, qui tombent et se déchiquettent, représentent un défi. Avec le boeuf, les beaux champignons de la maison Le Coprin passent inaperçus. L'entrée de betteraves est noyée sous de la verdure. Le midi, le menu propose plusieurs sandwiches bien faits, certes, mais qui laissent sur l'appétit. Car 13 $ pour une micro-salade, un pain garni et deux cuillerées de féculent, c'est un peu cher.
Trois desserts seulement au menu : un pouding au chocolat, une glace aux petits fruits, une bavaroise au citron, de 7 à 8 $. Là aussi, il y a un petit manque d'imagination.
Côté vins, la gamme des vins proposée peut être bonifiée. Les verres devraient être plus fins mais on appréciera le vin au verre en portion 3 ou 5 onces.
Chez Murray Street Bistro, le chef Steve Mitton fait montre d'un talent certain qu'on ne soupçonnait pas pendant les années qu'il a passé chez Social. Il y a dans ce nouvel établissement tous les éléments pour réussir.
Il ne reste qu'à faire de petites corrections ici et là pour en faire un «must» de la gastronomie d'Ottawa. Et peut-être un détour obligatoire comme l'est le Pied de cochon à Montréal.
Pour deux personnes, prévoyez entre 70 et 80 $, plus consommations, taxes et service.
pjury@ledroit.com
Cote Jury 17/20
RÉSULTATS
Cuisine : 8,5/10
Service : 5/6
Décor : 3,5/4
Murray Street,
110, rue Murray,
Ottawa, ON
613 562-7244
www.murraystreet.ca










