Toute cette onéreuse logistique a pu être mise en place depuis 2003 parce qu'elle profite d'une collaboration avec un partenaire exceptionnel, le Comité olympique canadien, et ses supporters dans la communauté. Il n'y a qu'à dire que les profits de l'événement seront versés à la Fondation olympique canadienne pour que le public soit tout de suite encouragé à participer. Même à 300 $ le billet.
La nourriture est exceptionnelle, les vins canadiens qui l'accompagnent, superbement choisis. Une large brochette d'athlètes olympiques - dont plein de médaillés - jasent avec le public. D'uniques voyages sont offerts à l'encan au profit de l'effort olympique canadien. Le tout est une recette à succès. Il n'est pas étonnant d'apprendre que les Chefs en or ont amassé plus de 2,3 millions $ en cinq ans.
Dans la communauté des chefs, le titre des Chefs en or est convoité. Ils rivalisent d'efforts et d'imagination pour se faire poser avec l'assiette dorée du gagnant. Ils sont 10 en lice.
Pour la première fois, en 2008, j'étais invité à participer au jury (évidemment, mon nom m'y prédispose). Je remplaçais le producteur télé Chris Knight au sein du panel de cinq personnes ; les autres étant le juge en chef James Chatto, de Toronto, Ann Desbrisay, critique de restaurants au Ottawa Citizen, Cindy Deachman, du périodique Burnt Toast, et le chef gagnant de 2007, Mike Moffat, de Beckta Dining & Wine.
Controverse
Bien malgré moi, je me suis retrouvé au coeur d'une controverse. Cela a jeté de l'ombre sur l'événement et le chroniqueur alimentaire du Ottawa Citizen, Ron Eade, qui avait accès à toutes nos délibérations, a soulevé un certain nombre de questions qui, en bout de ligne, remettent en cause la crédibilité du panel à Ottawa.
Ma contribution à l'imbroglio ? Ne pas avoir goûté deux plats, par manque de temps. Étant une recrue, ignorant certaines règles, je ne me suis pas pressé. J'aurais dû. Il y avait 10 assiettes à évaluer en 90 minutes, et les vins qui les accompagnent. Il n'y avait pas de temps pour socialiser.
Et moi qui me promenait dans la foule pour aller chercher mes assiettes ! Ainsi, je n'ai pu donner de note au travail du chef Yannick Anton, du restaurant Signatures, de Cordon Bleu. Ni au menu de Steve Wall, de Whalesbone Oysterhouse. La présence d'huîtres m'avait convaincu d'y goûter en dernier (j'y ai développé récemment une intolérance alimentaire et j'allais les goûter, au prix d'être malade... mais une bonne heure après la fin du concours).
Des questions
Mes notes ont été colligées, puis auraient été retirées du décompte, selon ce qu'a rapporté le journaliste Eade sur son blogue, Omnivore Ottawa. Ce dernier a commencé à poser des questions. Il a obtenu les pointages de juges. Il a remis en question ma participation, pour cause d'allergie (même si j'étais prêt à manger les huîtres quand même). Il a questionné le pointage d'un autre juge, qui aurait donné aussi peu que 15 à un établissement, et à un autre, 49. Sur 50, c'était la perfection quoi !
Mes notes variaient de 19,5 à 34, la plupart se retrouvant dans une fourchette de 25 à 30,5.
Le journaliste Eade s'est interrogé sur le biais possible qui aurait pu favoriser certains établissements. Comment les restaurants étaient-ils invités à participer ? (Il semble que cela se soit fait par invitation d'un panel de juges, et non pas un appel à tous. Cela s'est passé avant mon arrivée.) Comment les juges étaient-ils choisis ? (Je l'ignore mais je les estimais tous par leur travail.) Comment la chef gagnante de la finale canadienne, Melissa Craig, s'est-elle retrouvée parmi les juges ? Et où étaient ses notes ? (Je l'ignore.) Comment les notes étaient-elles colligées ? (Par le juge en chef James Chatto, que je connaissais de réputation seulement.)
J'étais par ailleurs d'accord avec Eade que le fonctionnement à l'aveugle qui a cours dans la plupart des concours du genre favorise l'impartialité. Que ce soit au concours de ragoût de Bal de neige ou à celui des soupes du Festival de l'érable de Vanier, les plats sont amenés devant les juges dans un ordre non prévisible, sans indice sur les chefs qui les ont préparés.
Formule différente
Dans ce concours des Chefs en or, le plus prestigieux auquel il m'ait été donné la chance de participer, la formule était différente. Tout était su d'avance. Les menus avaient été distribués plusieurs jours auparavant.
Tout cela vient malheureusement jeter une dose d'ombre sur la victoire du chef Charles Part, de la deuxième place de Matthew Carmichael, du restaurant Eighteen, ou de la troisième de Stef George, du restaurant Olivera, à Kingston. Cela est dommage. Le chef Part et son épouse, Jennifer Warren, travaillent fort depuis des années à faire des Fougères un arrêt obligé pour les gastronomes de la région. Je n'ai pas été un admirateur de bien de ses mariages mais je reconnais leurs efforts. Au concours de mercredi dernier, son plat ne m'a pas séduit (nous avions six notes à donner : présentation, texture, goût, accord mets-vin, originalité et impression générale) mais il a épaté d'autres membres du jury. Cela arrive, l'unanimité est rare.
Ma prédiction, au terme de cet exercice charmant malgré tout ?
Il se passera des années avant que je ne sois réinvité ! J'ai peut-être été celui par qui le mauvais temps arrive...
Pour me joindre : (613) 562-7763
pjury@ledroit.com











