L'or vert des forêts canadiennes

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L\'or vert des forêts canadiennes

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Archives La Presse

Jean-Marie Bergeron
Le Droit

C'est triste de constater que notre pauvre industrie forestière canadienne affronte une énième crise, entraînant à nouveau fermetures d'usines et pertes de dizaines de milliers d'emplois. En pleine crise financière internationale, ce secteur devrait plutôt servir de locomotive économique pour soutenir le pays. La Suède, pays nordique et forestier comme le Canada, s'apprête à briser ses liens avec le passé en utilisant une partie de son patrimoine forestier à d'autres choses que la fabrication de bois de sciage ou de pâte à papier. Au cours du 21e siècle, elle veut développer son indépendance pétrolière en transformant ses forêts en biocarburants, lesquels sont en passe de devenir les matériaux les plus précieux et les plus convoités du monde. L'idée est géniale et elle pourrait inciter le Canada à transformer également une partie de ses forêts en or vert et ainsi, ouvrir une filière économique pouvant créer plus de richesse collective avec le bois canadien. Pour y arriver, il faudrait par contre que les compagnies forestières et les gouvernements aient le goût de travailler ensemble et vouloir se diriger vers ce type de technologies de pointe pour consolider ce secteur économique névralgique, caractérisé historiquement par des cycles à très fortes variations entre gros profits et périodes de misère.

 

Augmentation de 200 %

C'est le moment de se décider car l'information provenant de la première conférence internationale sur les biocarburants, tenue en novembre dernier à Sao Paulo, mentionnait que leur utilisation augmenterait de 200 % d'ici 7 ans pour passer de 55 milliards à 162 milliards de litres par année. Par solidarité Nord-Sud, il faudrait remplacer les agrocarburants de première génération par d'autres de deuxième génération, centrés sur l'utilisation de la biomasse de champignons, d'algues ou de produits forestiers. Le Canada est tout désigné pour prendre le leadership dans ce domaine à cause de ses immenses richesses forestières. Les possibilités de développement sont énormes. On vient juste de découvrir que le champignon Trichoderma reesei peut digérer la cellulose des arbres pour faire des sucres transformables en éthanol. Des chercheurs américains s'intéressent aux microbes d'intestin de termites, de longicornes asiatiques ou de wallabies pour trouver les meilleurs procédés de transformation des arbres en bioéthanol. Ces nouvelles technologies peuvent également améliorer la protection de l'environnement. Aux Pays-Bas, par exemple, des chercheurs font pousser des algues marines dans des atmosphères riches en gaz carbonique pour en faire des biocarburants. Pensez un peu à l'utilité de cette approche pour des provinces comme l'Ontario ou pour les États qui produisent leur électricité avec des centrales au charbon ! Ce sont près de telles centrales que les bioréacteurs d'algues devraient s'implanter pour utiliser ce fameux gaz carbonique au lieu de l'envoyer dans l'atmosphère.

Si une petite compagnie des Cantons de l'Est s'apprête à transformer les vieux poteaux de téléphone en biocarburants, je ne vois pas pourquoi les grosses compagnies forestières du Canada ne pourraient pas faire encore mieux avec les produits forestiers. Voilà une bonne occasion d'utiliser notre argent public pour encourager les compagnies intéressées à réorienter leurs procédés industriels, au lieu de subventionner les agrocarburants à base de maïs et de blé qui sont partiellement responsables de la crise alimentaire mondiale. Rappelons-nous qu'en 2007, certaines surfaces agricoles ont servi à fabriquer 26 milliards de litres d'éthanol aux États-Unis, 20 milliards de litres au Brésil, 7.4 milliards de litres dans les pays asiatiques et 2.3 milliards de litres dans l'Union européenne. Chez nous, la transformation de la biomasse forestière en éthanol assurerait pour des décennies une stabilisation d'emplois forestiers et la création d'une richesse qu'il nous serait plus profitable de partager entre nous, partenaires en développement durable.

jbergeron@ledroit.com

 

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