Notre folie collective planétaire

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Notre folie collective planétaire

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Jean-Marie Bergeron
Le Droit

Pendant que 1600 scientifiques du monde se réunissent à Copenhague pour faire le point sur les impacts planétaires des humains et préparer ainsi une autre réunion du GIEC (Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat), nous de l'extérieur, pouvons à leur place plaider la folie collective.

Pas besoin de congrès scientifiques pour constater que les glaciers de la planète fondent, que les forêts tropicales perdent des milliers de km par an en faveur d'une agriculture produisant des biocarburants, que la concentration de gaz carbonique (CO2) de la Terre augmente de 3 ppm/an, que sa température croît de 0,5 degré Celsius/décennie,etc. L'évidence du smoking gun est bien visible.

 

Simultanément, l'acidification des océans provoque une diminution du poids des coquillages foraminifères par rapport à ce qu'il était avant l'ère industrielle et le corail meurt. Ainsi, plantes et animaux marins ont de plus en plus de difficulté à vivre dans leurs propres habitats et on peut imaginer le sort qui les attend tout au long du xxiesiècle.

De même, les concentrations de gaz carbonique et la température de l'atmosphère qui augmentent sans cesse font avancer les saisons de végétation de sorte que les deux tiers des oiseaux d'Europe diminuent présentement leurs aires de distribution tandis que certains mammifères migrent vers le nord plus froid.

Depuis 1990, les lemmings du sud de la Norvège ne connaissent plus les cycles de population de trois à cinq ans qui leur étaient autrefois typiques. Le pergélisol du Canada fond depuis plus d'une décennie. À l'évidence, il se passe quelque chose de grave dans les écosystèmes planétaires.

De plus, un rapport récent de l'ONU sur l'agriculture et l'alimentation (FAO) constate que les pêches marines commerciales ne vont pas bien, car 8% des stocks de poissons sont épuisés, 19% sont surexploités et 50% sont pleinement exploités. Ce sont de très mauvaises nouvelles pour le demi-milliard d'individus qui travaillent dans ce secteur. Un autre rapport annonce une pénurie d'eau mondiale. On apprend aussi que les stocks de morue dans le sud du golfe Saint-Laurent devraient diminuer de 10% en 2009, même sans pêche commerciale.

Voyages «planète en danger»

Comme pour accentuer notre folie collective, des agences de voyage offrent depuis quelque temps déjà des forfaits touristiques basés sur le concept de «planète en danger». Ainsi, on amène des dizaines de milliers de touristes en avion, autocar ou bateau de croisière aux endroits où ça va le plus mal au monde: en Antarctique avant que les grands icebergs flottants se détachent du continent, en Amazonie avant la disparition des forêts tropicales typiques, également là où sont les glaciers de montagne avant qu'ils fondent. Sans oublier les excursions très populaires d'observation d'ours polaires pendant qu'il en reste quelques centaines. Comble d'ironie, on vend, au prix de 7000$ par observateur, ces forfaits de voyage en affirmant aux gens que leur présence dans de tels milieux vulnérables ne laissera aucune trace!

Des observateurs passifs

Dans le fond, nous sommes tous des observateurs passifs de l'agonie présente des écosystèmes.

Pourtant, certains scientifiques nous avisent depuis longtemps que les changements climatiques ne feront que s'aggraver dans le futur, puisque les concentrations de CO2 ont déjà dépassé le seuil critique de 350 ppm. D'autres soutiennent que les rapports du GIEC sont trop timides, ne donnant pas l'heure juste aux décideurs mondiaux. À ces voix, s'ajoute celle de Sir Nicolas Stern qui avoue que les recommandations de son rapport de 2006 étaient trop faibles pour montrer l'urgence de la situation. Nous plaidons sans cesse «non coupables» pour en faire le moins possible en environnement, mais un jour pas si lointain, il faudra en payer le prix.

 

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