Apprendre du passé pour bâtir l'avenir

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Apprendre du passé pour bâtir l\'avenir

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L'insouciance générale envers le patrimoine se transpose aussi dans le peu de volonté à préserver les milieux de vie moderne. Le cas de l'hôtel Chez Henri en est un exemple probant.

Archives Le Droit

Jean-Marie Bergeron
Le Droit

Les éditoriaux, articles et opinions de lecteurs au sujet de la démolition de l'hôtel Chez Henri m'ont rappelé l'existence du lien très fort unissant patrimoine et développement durable.

En cette époque de modernité productiviste qui est la nôtre, il n'est pas surprenant de constater le peu d'intérêt de certains élus municipaux et gens d'affaires pour la préservation d'une partie du patrimoine, comme si le passé ne pouvait plus rien nous enseigner sur certaines façons durables d'être et de faire.

 

Pour plusieurs, un bâtiment rénové, possédant un cachet du siècle dernier, ne représente aucune valeur, seulement un paquet de troubles. Pour ces gens, vaut mieux jeter à terre ces vieilleries et reconstruire à neuf avec des matériaux synthétiques, même si le nouvel édifice ressemble à des milliers d'autres aussi mal construits.

Cette insouciance envers le patrimoine se transpose également dans le peu de volonté à préserver les milieux de vie modernes, ce qui rejoint ultimement la protection de l'environnement. Nous n'avons qu'à regarder autour de nous pour voir ce qui se fait et surtout ce qui ne se fait pas pour améliorer les conditions de vie dans nos villes toujours plus populeuses et plus polluées.

Les leçons du patrimoine

Par exemple, le développement durable dans le bâti nous enseigne que certaines techniques de construction de nos ancêtres étaient bien meilleures que celles que nous utilisons présentement et que les bâtiments patrimoniaux pourraient servir ainsi de planches à dessin.

N'est-il pas gênant de constater qu'aucune compagnie canadienne, qu'aucun ingénieur canadien n'a présentement la connaissance nécessaire pour construire un bâtiment en bois de plus de 3 étages? Il est vrai que les codes de bâtiments ne le permettent même plus, mais c'est nous qui l'avons voulu ainsi! La technologie s'est perdue au fil du temps parce que nous avons détruit tous les plans ainsi que les bâtiments qui auraient pu servir d'exemples.

Afin de récupérer cette connaissance ancestrale, il faut sortir de notre pays et aller faire des stages de formation en Norvège qui a su, elle mieux que nous, préserver son bâti patrimonial. Dans un pays froid comme le Canada, qui est en plus un des plus grands fournisseurs de bois au monde, certains édifices de sept étages ou moins pourraient être construits en bois, comme il se fait en Norvège, mais on préfère le métal et le ciment.

Faisant aussi partie de notre patrimoine, les corridors ferroviaires représentaient autrefois des emplacements de choix pour faire circuler les humains et les marchandises entre les villes, en émettant beaucoup moins de pollution. Il y a 30 ans de cela, nous avons fait le mauvais choix de transformer ces corridors en pistes cyclables même si on voulait bien faire à l'époque et de remplacer les trains par des autobus et des millions de camions et camionnettes qui empoisonnent littéralement notre vie.

Peut-être sans en être conscientes, les générations antérieures avaient également certains comportements s'approchant plus du développement durable que les nôtres. Avouons que beaucoup de nos grands-parents n'étaient pas si loin de ce concept moderne quand ils tenaient à rester à distance de marche de leur lieu de travail.

On se rend bien compte de l'importance de cette valeur aujourd'hui oubliée car son abandon est à la source de l'étalement urbain, de la mort des centres villes, de la congestion routière et de la perte de milliers d'heures de notre courte vie dans des autos embouteillées sur les autoroutes.

Les problèmes de la modernité

En voulant faire autrement, faire plus moderne, on a tout rejeté du passé, même le bon, ce qui nous a placés dans des situations très difficiles. Les constructions sont peut-être plus belles, et j'insiste sur le peut-être, que celles du passé, mais elles ne sont plus durables et elles polluent. Les matériaux modernes de revêtement extérieur absorbent trop de chaleur et réchauffent ainsi les centres villes en plein été, augmentant l'inconfort de tous et aggravant les impacts du smog.

On a fait la guerre aux tramways pour favoriser l'industrie automobile et regardez ce que cela a donné en termes d'émissions de gaz à effet de serre! Même les transports en commun contribuent au problème, car ils ne se sont pas adaptés aux nouvelles réalités environnementales.

On a tous voulu des maisons individuelles même si les familles sont trois fois moins nombreuses qu'autrefois et pour faire cela, il a fallu étendre tellement les villes que certains travailleurs doivent perdre deuxheures par jour pour effectuer l'aller-retour du boulot.

Les gens ne marchent plus, même si la distance moyenne de déplacement en auto est de moins de cinq kilomètres.

Une partie du legs des générations précédentes aurait pu servir à nous développer autrement si on avait essayé de comprendre les raisons de leur choix passé.

Mais on a préféré détruire pour refaire «en mieux». En regardant autour de nous, est-ce vraiment un succès?

 

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