Concupiscence gazière

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Alors que Québec semble prêt à exploiter les... (Archives La Presse)

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Alors que Québec semble prêt à exploiter les schistes gaziers, la province devrait plutôt songer à développer les sources d'énergie renouvelables, comme le vent.

Archives La Presse

Jean-Marie Bergeron
Le Droit

Si on est raisonnable pour cinq sous, il faut tout de suite tuer dans l'oeuf cette idée saugrenue que le Québec devrait s'orienter vers l'exploitation des schistes gaziers. Pourquoi? Parce que c'est une production énergétique à base de combustibles fossiles aussi polluante que les sables bitumineux de l'Alberta. Ici, tout comme à cet endroit, les résidus d'extraction vont polluer irrémédiablement les nappes phréatiques mais cette fois-ci, ce sera dans des habitats densément peuplés. Les maires des municipalités impliquées et les préfets de comtés ont raison d'être inquiets. Cette forme d'exploitation émettra des millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES) supplémentaires, chose que le Québec veut justement réduire. Comme nous l'écrivions dans une chronique récente, c'est le temps pour le PLQ d'activer ses bottines au lieu de ses babines. Comment peut-on croire les propos du premier ministre Charest et de la ministre Normandeau quand ils nous disent vouloir réduire à tout prix les GES de leur province alors qu'ils encouragent leur augmentation? Entre 2006 et 2007, année du dernier relevé officiel, les GES ont augmenté de 3.8% pour s'établir à 85.7 millions de tonnes (Mt) alors qu'il faut les réduire à 80 Mt, si l'on veut respecter le protocole de Kyoto comme le premier ministre s'est engagé à le faire. Pourquoi vouloir augmenter les GES de 10% par année en exploitant des schistes gaziers alors que l'on dit au monde entier que l'on veut réduire les GES de 10 à 20% sous le niveau de 1990 d'ici 10 ans? Quelle incohérence!

 

Supposition

Admettons que le Québec veuille développer son indépendance énergétique par rapport aux produits pétroliers et qu'il espère les remplacer par l'électricité: dans les usines qui pourraient fonctionner à l'électricité plutôt qu'au mazout, en remplaçant les voitures et camions à essence/diesel par des véhicules hybrides rechargeables ou entièrement électriques. Il est certain qu'il faudrait alors produire plus d'électricité. D'accord pour en produire plus, mais de grâce, utilisons des technologies vertes exploitant le vent et la chaleur de la terre, pas du gaz naturel à forte production carbonique! Construisons des usines de géothermie profonde dans toutes les régions du Québec, lesquelles pourraient être associées à des parcs éoliens là où les populations les accepteraient. Ainsi, ce type de développement énergétique rencontrerait les voeux de nos voisins américains au sujet de l'électricité verte d'importation et rendrait chacune des régions du Québec indépendantes au niveau énergétique. La technologie de géothermie profonde est bien maîtrisée actuellement. Les États-Unis possèdent déjà une telle usine dans les montagnes Mayacamas qui produit 890 mégawatts (MW) en puissance et 6.6 millions de MWh sur une base annuelle. Pourquoi pas ici si l'on veut vraiment développer les énergies vertes?

Ainsi, le Québec serait mieux équipé pour affronter les pénuries énergétiques qui s'annoncent, suite à l'épuisement du pétrole et des autres ressources naturelles non renouvelables. Ce serait un beau lègue aux générations futures car le vent et la chaleur de la Terre sont quasi-éternels, du moins en autant que nous entretenons en bon état de fonctionnement les appareils qui captent leur potentiel énergétique.

Les écologistes redoutent depuis toujours la sorte de copinage existant entre les hauts dirigeants d'Hydro-Québec et ceux de l'industrie pétrolière et gazière. Ce sont tous des amis qui ont été formés dans les mêmes facultés techniques et qui ne font pas de différence philosophique entre les façons de produire l'énergie, bien qu'il y en ait une énorme. Selon ma compréhension de la nature humaine, la pensée des individus est trop linéaire pour permettre à un type unique de spécialistes de développer un futur énergétique basé sur un mélange de ressources renouvelables et non renouvelables.

Il faut choisir entre les deux et engager les spécialistes en conséquence. À ma connaissance, le Québec a choisi de produire son énergie avec des ressources renouvelables. Alors, ne perdons plus notre temps ailleurs. La concupiscence gazière de notre élite politique devrait être stoppée tout de suite en lui rappelant le sort du défunt projet Suroît, car c'est dans cette direction que l'on veut encore nous faire aller par chemin détourné. Harmonisons bottines et babines pour ce prochain combat qu'il va encore falloir livrer contre nos politiciens obtus.

 

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