Attention, seuils de rupture en vue!

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Jean-Marie Bergeron
Le Droit

Les points critiques, les seuils de bascule: ce sont les phénomènes que les climatologues et informaticiens du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) essaient de comprendre afin de dépeindre les avenirs possibles dans lesquels nous pourrions avoir à vivre éventuellement.

Le plus connu de ces seuils est le gaz carbonique (CO2) dont la surabondance dans l'atmosphère a initié le réchauffement global.

 

Ce déclencheur est maintenant responsable de la fonte de la calotte glacière, des glaciers continentaux, du pergélisol et de l'augmentation de la température océanique.

De tels phénomènes ne sont plus contrôlables une fois amorcés et peuvent perdurer des milliers d'années.

Une série de déclencheurs

D'autres existent. Par exemple, lorsque la surface des eaux océaniques de l'Afrique occidentale dépasse 26°C, ceci initie les fameux ouragans, qui traversent l'Atlantique pour frapper le Golfe du Mexique et le Sud des États-Unis. Les eaux du Pacifique provoquent aussi de tels phénomènes. Dans une période où tous les océans se réchauffent, personne ne peut dire si la fréquence des ouragans va augmenter, ni si leur force augmentera. Ni si de tels phénomènes vont se produire un peu partout sur toute la surface du globe.

Dans le même ordre d'idées, l'entrée massive d'eau douce dans l'Atlantique nord provenant de la fonte de la calotte polaire a déjà, par le passé, refoulé le Gulf Stream plus au Sud, refroidissant ainsi significativement le nord de l'Europe. Le processus s'est à nouveau déclenché au xxesiècle, de sorte qu'il est fort possible que le même phénomène se produise à nouveau.

D'autres déclencheurs existent même si l'on ignore comment ils fonctionnent. Celui, par exemple, qui initie (ou retarde) les moussons. Tout comme celui qui fait voyager El Niño d'un côté et de l'autre du Pacifique.

Est-ce que les changements qui se produisent sur la planète présentement pourraient stopper les pluies de moussons à certains endroits? Ou faire revenir El Niño à chaque année au lieu d'espacer ses visites, comme c'est le cas actuellement?

Les résultats de recherches archéologiques montrent que les forêts boréales ont déjà disparu lorsque la température moyenne de la planète a augmenté de 3°C, causant alors une augmentation de 7°C dans les habitats nordiques. C'est vers ce type de réchauffement que nous nous dirigeons présentement et contre lequel le protocole de Kyoto tente de lutter.

Examiner l'histoire

L'histoire de la planète peut nous faire comprendre certains effets produits par le dépassement de seuils de rupture.

Il y a 2.4 milliards d'années, l'oxygénation soudaine et incomprise de la Terre a pavé la voie à l'apparition d'espèces complexes.

La Terre «boule de glace», il y a 700 millions d'années, a stoppé l'évolution des espèces terrestres et a confiné la vie aux profondeurs océaniques pendant des millions d'années.

Les événements anoxiques océaniques, vieux de 100 millions d'années, ont causé des extinctions massives.

Le maximum thermique paléocène/éocène, vieux de 55 millions d'années, a causé une incroyable perte de biodiversité. La température à l'Équateur n'était alors que de 4 à 5°C plus élevée, tandis que les pôles étaient plus chauds de 8 à 10°C.

Il y a 5000 ans, par l'action d'un déclencheur inconnu, le Sahara perdait toute sa végétation pour devenir ce qu'il est actuellement. On imagine facilement que de tels chambardements ne se sont pas faits en douceur.

Les climatologues ont la vie dure ces jours-ci; ils sont sous-financés et assaillis de toutes parts. Même s'ils sont au centre de polémiques, leurs prévisions de base restent saines.

Les climato-sceptiques publient des mensonges à leur sujet, s'introduisant dans leurs ordinateurs pour les espionner.

Les politiciens veulent avoir des certitudes. Mais la planète ne fonctionne pas comme cela.

Les climatologues ne font que sonner l'alarme. Comme on le dit souvent, de grâce, arrêtons de tirer sur le messager!

 

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