Marché de solidarité et paniers fermiers

Pierre Jury
Le Droit

Pour ceux qui sont soucieux de leur alimentation, la gamme des sources d'approvisionnement de bons produits s'élargit. C'est particulièrement le temps d'en parler, alors que les marchés publics ont ouvert leurs portes ou s'apprêtent à le faire, que les premières récoltes des semis en serre arrivent à grand pas et que, dans quelques semaines à peine, nous serons en pleine saison des fraises!

Les marchés à grande surface, comme Métro et Loblaw, le savent tout comme vous et ont tenté de diversifier leur offre de produits de meilleure qualité, parfois d'origine locale, souvent biologiques.

 

Plus petits et plus près de leurs clients, les magasins d'aliments naturels ont toujours leur place dans la distribution alimentaire.

Plus petit encore, les «fermiers de famille» approvisionnent quelques centaines de consommateurs à la fois, pendant les quelque 20 semaines que dure notre saison des récoltes. Dans la région, ils sont une demi-douzaine de fermes à fournir un panier de taille variable, incluant de 6 à 12 légumes à près de 1000 familles de l'Outaouais... et quelques-unes d'Ottawa. C'est ce qu'on appelle l'«agriculture supportée par la communauté» (ASC), une initiative d'Équiterre, un mouvement citoyen québécois aussi présent dans les domaines du transport, de l'énergie, du commerce équitable,etc.

Marché de solidarité

Différent mais semblable, l'Outaouais peut maintenant compter sur son propre «Marché de solidarité», une coopérative de quelque 1500 familles et de trois douzaines de producteurs alimentaires de la région.

Les avantages du Marché commencent là où l'agriculture supportée par la communauté s'arrête. Et les avantages du Marché de solidarité s'arrêtent là où les avantages des magasins de produits naturels commencent.

Complémentaire

«Les approches se complètent», lance Sacha Lavigueur, porte-parole du Marché de solidarité, un concept lancé en Estrie et présent presque partout au Québec.

Comme les fermiers de famille qui achètent leurs semences et investissent tôt dans l'année pour avoir une récolte, les membres de l'ASC paient tôt dans l'année des produits qu'ils recevront plus tard. Il s'agit d'une forme de partage de risque, quoi. Le Marché de solidarité fonctionne plus comme un vrai magasin... mais sur Internet (www.marche outaouais.com).Et quelques jours à l'avance. Les producteurs inscrivent sur une page leurs produits disponibles; les membres choisissent ce qui leur tente, dans les quantités qui leur tentent. La marchandise est livrée tous les jeudis ou vendredis au local du Marché de solidarité, au 41, rue Frontenac, dans le secteur Hull.

À ce chapitre, ça ressemble aux paniers des fermiers de famille, qui ont des points de chute dans divers secteurs de la ville.

Le Marché de solidarité n'impose aucun minimum d'achat. Aucune transaction à crédit, par chèque ou en comptant non plus: tout se transige par Interac.

«Les abonnés de l'agriculture supportée par la communauté ne choisissent pas ce qu'ils recevront, explique M.Lavigueur. Et puis, ce ne sont que des fruits et légumes (en réalité, ce n'est pas tout à fait vrai quelques fermes distribuent aussi des viandes de fermes voisines). Le Marché de solidarité va plus loin: les fromages de chèvre de la Ferme Floralpe, le pain Art-Is-In, du porc et du boeuf d'élevage biologique,etc. Tout n'est pas biologique, mais tout est de provenance locale. Nous devrions offrir le lait de la Laiterie de l'Outaouais, quand elle démarrera.»

Les mêmes

Plusieurs des fermes abonnées à l'agriculture supportée par la communauté sont d'ailleurs les mêmes qui fournissent le Marché de solidarité. C'est un débouché de plus pour vendre les produits en saison.

Coopérative, le Marché de solidarité impose une part sociale de 10$, et une cotisation annuelle de 20$. Et chaque commande est majorée de 15% pour contribuer aux frais généraux du Marché.

Ce qui est quand même moins que les 30% ou 40% de mark-up dans le secteur privé...!

«L'objectif, c'est que rien ne devrait coûter plus cher qu'au supermarché», ajoute Sacha Lavigueur, tout en reconnaissant que l'achat local et souvent biologique coûte plus que faire son épicerie chez les grandes bannières.

Mouvement social

Le Marché de solidarité se veut aussi un mouvement social important, qui cherche à rallier ceux qui cherchent plus de l'alimentation que ce qu'ils trouvent au supermarché. Ils étaient un millier de curieux à aller faire un tour à la Fête des semences de Gatineau, à la Maison du citoyen, le 14mars dernier.

Dans le même ordre d'idée, les membres du Marché de solidarité, tant les producteurs alimentaires que les consommateurs, souscrivent à une certaine philosophie de communautarisme. On veut y mousser les liens entre tous ces maillons de l'alimentation et s'attaquer, en quelque sorte, à ces histoires d'enfants à la pensée magique qui ignorent tout du lait qui vient de la vache et du bacon qui vient du porc.

Avec l'agriculture supportée par la communauté, ces liens sont encore plus étroits, puisque vous rencontrez votre fermier à toutes les semaines, au même endroit. Des amitiés se tissent, dit-on. Et vous avez le choix de votre fermier. Vous n'avez qu'à consulter la liste sous l'onglet Outaouais, sur le site Internet «www.equiterre.qc.ca» pour les connaître, et consulter les produits qu'ils cultivent.

Une chose est certine: il vous arrivera des produits, comme le daikon par exemple, dont vous ignorez tout, et de la préparation (il s'agit d'une variété de radis asiatique, presque de la taille d'une aubergine). Votre fermier de famille pourra vous suggérer des préparations.

Et, cette année, des chefs réputés dans chaque région se sont engagés à fournir un éventail de recettes pour aller avec les produits de la ferme. Représentant l'Outaouais, Gérard Fischer, chef-propriétaire du restaurant Le Tartuffe, dans le quartier du Vieux-Hull.

 

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