Cette semaine, ce sont les médias ? ceux qui, d'ordinaire, décident des manchettes... ? qui ont fait la manchette. Au mieux, il y a une crise de confiance, « une grande nervosité » qui fait attendre les annonceurs jusqu'à « la dernière minute avant de confirmer un achat », a expliqué Pierre Dion, président-directeur général du réseau TVA. Du côté de Radio-Canada, les revenus ont chuté de 60 millions $ et le patron, Hubert Lacroix, a demandé au gouvernement (son principal bâilleur de fonds) la permission d'ouvrir une marge de crédit à la banque pour traverses ces temps durs. Le réseau Télévision Quatre-Saisons est en profonde transformation, lui qui n'a jamais été profitable depuis sa fondation en 1986.
Le réseau de télévision CTV, propriétaire de la station CJOH, à Ottawa, commence à larguer des antennes dans ses moins bons marchés. La situation est cruciale chez Canwest Global Communications, propriétaire, entre autre,s du quotidien Ottawa Citizen. Là, le fardeau d'une dette accumulée de 3,9 milliards $ alourdit la marge de manoeuvre.
Partout, des pertes d'emplois sont au programme.
Bien mince consolation, la situation désastreuse qui prévaut au Canada est carrément catastrophique aux États-Unis. Là, ce sont des entreprises qui disparaissent du jour au lendemain. Hier, c'était le quotidien de Denver, Rocky Mountain News, qui publiait sa dernière édition. À Détroit, les deux quotidiens ont cessé la livraison à domicile en début de semaine, et amaigri le reste de la semaine. Le Christian Science Monitor a annoncé qu'il abandonnait sa version papier. Même le plus prestigieux quotidien au monde, le New York Times, a des problèmes de liquidités !
Partout, les revenus publicitaires sont en baisse. Pas étonnant quand tant de secteurs économiques ratatinent. Les dépenses sont resserrées et la publicité écope.
La situation est exacerbée par le fait que les habitudes des lecteurs et des téléspectateurs sont en profonde transformation.
En télé, les chaînes spécialisées ont drainé des revenus qui allaient auparavant aux généralistes. Cela interpelle le CRTC, qui pourrait revoir les modèles d'affaires des diffuseurs. Les pressions pour élargir le Fonds des câblodistributeurs aux chaînes généralistes reprendront de plus belle. C'est dans ce sens aussi qu'il faut voir les présentes audiences du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes sur les fournisseurs de services Internet, qui examinent une possible taxe spéciale à imposer à ces derniers. Et que dire des rangs toujours plus nombreux qui regardent la télé par l'entremise d'Internet sur des sites de télédiffuseurs, ou sur des sites comme YouTube ?
Dans les journaux, la culture du gratuit s'est imposée. Pourquoi acheter un journal quand tant de nouvelles sont disponibles sans frais, au prix d'un simple clic de souris ? Cela sous-tend une partie du conflit au Journal de Montréal où les journalistes ont été mis en lock-out par l'employeur Quebecor.
Tout cela s'apparente à un tsunami économique où les revenus des médias sont balayés par l'onde destructrice. L'information s'avère l'une des victimes silencieuses de ce raz-de-marée. Dans l'industrie, les professionnels se demandent qui aura les moyens d'aller au-delà des nouvelles du jour, qui aura les coudées franches pour enquêter sur des problèmes de fond. L'érosion de l'information disponible au public s'accélère : le mouvement pourra-t-il être renversé ? Aucun signe ne pointe en ce sens. La crise économique pourrait bien faire une victime insoupçonnée : l'information.











