L'insulte est venue lundi soir au bulletin de Radio-Canada et la gifle hier matin dans ma boîte de courriels.
D'abord, répondant aux questions de la journaliste de la société d'État concernant le bilinguisme des employés de Via, la porte-parole de l'entreprise, Claude Arseneault, soutient qu'il « faut comprendre que c'est une liaison entre Toronto et Ottawa, donc pas nécessairement au Québec «. Je n'avais pas vraiment grand-chose à reprocher à Via Rail sur le bilinguisme de ses employés lors de l'incident. Oui, les informations étaient plus difficiles à obtenir en français qu'en anglais, mais le tout me semblait davantage le fruit d'une désorganisation que de mauvaises volontés.
Les employés de Via transmettaient les messages, peu fréquents, dans les deux langues, mais ceux-ci étaient souvent répétés à tous, en anglais seulement, par un passager, qui faisait bien de son mieux pour aider tout le monde.
Un tiers de passagers francos
Mais la réponse de la porte-parole, au contraire m'a laissé assez perplexe. Ottawa n'est-elle pas une ville bilingue? Toronto est une région désignée bilingue par le gouvernement de l'Ontario, tout comme Kingston, où le train s'est aussi arrêté. Je ne suis pas Franco-Ontarien de naissance. Je suis né et j'ai grandi dans la région de Montréal, là où se trouve le siège social de Via Rail, mais je savais déjà qu'il y avait des francophones en Ontario. C'est peut-être parce que ma mère est née à Sudbury et que j'ai de la famille dans la région de Toronto, mais il me semble que la porte-parole d'une société de la Couronne aurait dû savoir qu'il y a près de 600 000 Franco-Ontariens, dont une bonne proportion dans les capitales provinciale et fédérale. Selon mes estimations, près du tiers des passagers du train - une bonne centaine - parlait la langue de Denis Gratton.
Puis, hier matin, vient la gifle en ouvrant ma boîte de courriel personnel. «Dear customer: Please accept our sincere apologies for the inconvenience caused to you on this occasion due to the locomotive fire and subsequent evacuation...» C'était la première fois que quelqu'un de Via s'adressait à moi sans que je n'aie posé de question depuis l'arrivée des pompiers sur les lieux de l'incendie dimanche soir. Un premier message en 36 h. Et là, pas de français. J'ai réservé mon billet en français, mon dossier indique que je suis un client francophone et on m'envoie une lettre d'excuses en anglais seulement, avec des fautes en plus. Si on ne voulait pas se donner la peine de faire deux envois distincts, pourquoi pas une lettre bilingue au moins ? N'y a-t-il personne qui soit capable de traduire une lettre de quatre paragraphes chez Via ? Les francophones ne méritent-ils pas des excuses dans leur langue, surtout quand cette langue est le français et que les excuses viennent d'une société de la Couronne. J'ai bien tenté d'obtenir quelques explications des responsables de Via Rail, mais personne ne m'a rappelé.
J'aurais donné à Via Rail un C pour la gestion de la crise (tout n'était pas si pire), mais pour les relations publiques, ce sera un beau gros F... pour Failure - les gestionnaires ne comprendraient peut-être pas le mot Échec. Au moins auront-ils une dernière chance de me convaincre avec le billet aller-retour vers Toronto qu'on m'a promis en guise de compensation.










