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Ainsi va General Motors, ainsi va la nation

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Ainsi va General Motors, ainsi va la nation

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Michel Gratton
Le Droit

C'est un proverbe populaire que les Américains préféreraient ne pas entendre ces jours-ci. Parce que s'il a autrefois propagé le symbole mythique de la puissance industrielle et économique des États-Unis, il est aujourd'hui l'expression douloureuse de sa déchéance. Et les échos de malheur qui s'en réverbèrent à travers le monde rendent les mots plus vrais qu'ils ne l'ont jamais été.

Au début de 2007, pour la première fois de l'histoire, General Motors, un Goliath parmi les géants, était délogé du premier rang mondial dans la vente automobile par Toyota. Ce qui aurait été perçu comme une catastrophe 25 ans plus tôt, n'était cependant devenu rien de plus qu'une formalité. On ne se demandait plus si la dégringolade de GM était possible mais plutôt quand le coup de grâce serait porté.

 

Ford et Chrysler avaient déjà mordu la poussière depuis longtemps. En fait, Chrysler avait réussi à éviter de justesse sa propre disparition plus deux décennies plus tôt. Et Ford n'en mènerait pas large sans la vente de ses camions.

Les Américains sont maintenant confrontés au spectacle devenu une honte nationale de leurs trois superhéros industriels transformés en mendiants devant le Congrès américain. De vils quêteux dont personne ne veut et à qui pratiquement tout le monde en veut.

Comme boucs émissaires de tous les maux qui s'abattent présentement sur le système économique américain, on ne pouvait trouver mieux. À une autre époque, on les aurait lapidés.

Quand les dirigeants des trois grands se sont présentés à Washington la première fois pour demander un prêt urgent de 25 milliards $ il y a un mois, ils n'ont pas seulement essuyé un refus, ils se sont faits humiliés.

Pas satisfaits d'avoir taillé leurs compétences en charpie, les élus du peuple, de toute évidence dégoûtés par l'hémorragie des milliards qu'ils semblent incapables de stopper, s'en sont donnés à coeur joie en dénonçant surtout leur arrogance. Une arrogance symbolisée par le fait que ces droits dirigeants au bord de la faillite avaient osé se permettre de voler vers la Capitale dans leurs jets privés respectifs.

Des images des trois jets arborant les couleurs de chaque compagnie stationnées côte à côte à l'aéroport de Washington ont été diffusées pendant des jours sur les ondes des réseaux de nouvelles du pays. L'avion de General Motors, qui en possède apparemment trois autres, était trois fois plus gros que ceux de ses compétiteurs.

Comme manoeuvre de relations publiques, ce n'était déjà pas tellement brillant. Particulièrement lorsqu'un membre du congrès a demandé aux trois quémandeurs de lever la main s'ils entendaient se départir de leurs jets privés pour aider leurs compagnies à se relever de la crise financière. Personne n'a levé la main.

Belle manoeuvre pour alimenter l'hystérie collective.

Mais, malgré leurs réprimandes et leurs allures de matamores montées pour les caméras, les élus de Washington n'ont pas poussé leur fanfaronnade jusqu'à un non définitif. Ils ont plutôt renvoyé les dirigeants automobiles à la maison, refaire leurs devoirs. En jets privés évidemment.

Cette semaine, ils revenaient à Washington du Michigan à bord de leurs meilleurs véhicules hybrides pour présenter un nouveau plan d'affaires et de redressement susceptible de ressusciter une industrie qui se meurt. Oh... et ils demandent maintenant 34 milliards $. Mais, ils vont vendre leurs jets...

Les membres du Congrès ont continué leur petit numéro de vierges offensées mais, à la fin, les trois géants américains s'en tiraient avec une promesse plus ou moins ferme d'un prêt à court terme de 15 milliards $ dont GM sera le principal bénéficiaire. Le reste viendra plus tard lorsque Barack Obama sera installé au pouvoir.

Il reste assez mystérieux de comprendre comment les mêmes génies qui se sont allégrement amenés au bord du gouffre pendant des années ont pu en une trentaine de jours concocter des plans d'affaires aussi convaincants.

Ce qui fait dire qu'au fond, le Congrès a toujours su qu'il n'aurait pas le choix que de donner l'argent. Car, même si les prévisions de pertes d'emplois possibles varient d'entre trois millions à quelques centaines de milliers, il n'y a aucun doute que la fermeture ou la mise en faillite de ce qui reste des trois grands rendrait une situation économique déjà désastreuse quasiment irrécupérable.

Et il ne faut pas oublier que le président élu Barack Obama a tenu à préciser, sans se mêler officiellement des débats, que l'Amérique ne pouvait se permettre ces pertes d'emploi dans le secteur manufacturier.

Une question reste préoccupante : Pourquoi Washington s'en est-il pris aussi férocement aux représentants de l'industrie automobile, pourquoi exigent-ils d'eux de rendre des comptes de façon aussi détaillée, alors qu'ils ont aspergé les banques et une gigantesque compagnie d'assurance sans rouspéter, sauf pour la forme ?

La réponse : parce que les banques sont sans visage. Alors que l'automobile a été le visage de la réussite du système capitaliste américain tout au long du XXe siècle. Les Américains en veulent à General Motors non pas parce qu'ils ont des difficultés financières. Ils ne peuvent tout simplement pas digéré de ne plus être les premiers.

Et ils ont probablement compris dans leur for intérieur qu'ils vivent la preuve concrète du commencement de la fin de leur domination mondiale.

mgratton@ledroit.com

 

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