Avec le départ annoncé de son allié de la Maison-Blanche, le premier ministre Stephen Harper ne doit pas s'isoler des autres leaders de la planète et confirmer le Canada dans son rôle de figurant sur la scène internationale. Le premier ministre a saisi l'opportunité qui lui était fournie de montrer une certaine solidarité internationale.
La prudence, la retenue et l'équilibre prônés par Stephen Harper ne sont pas pour autant des vertus déplacées dans les circonstances. Avant le remède de cheval, il faut se demander si les outils à notre disposition sont suffisants pour passer à travers la crise ou, comme il a été décidé, il faut renforcer ceux que nous avons déjà. Il y a urgence et aucune économie n'est isolée du reste de la planète. Un remède de cheval ? Peut-être, car c'est un cheval qui est malade.
De la rencontre de Washington, il ressort qu'il reste énormément de travail à accomplir et que l'urgence de la situation est subordonnée au passage des pouvoirs de Bush à Obama. C'est pourquoi on en est resté au niveau des grands principes plutôt que de se mettre de l'avant des solutions concrètes qui risquent de se heurter aux priorités du nouveau locataire de la Maison-Blanche. Déjà plusieurs interventions musclées et fort coûteuses ont permis de ralentir l'imminence de la catastrophe surtout aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en Europe continentale. Cela n'endiguera pas la récession qui frappe déjà la plupart des grandes économies et qui n'épargnera pas le Canada. Il faut cependant s'assurer que par manque de coordination, de solidarité ou de vision, on ne transforme cette énorme vague en un tsunami destructeur.
Il importe également d'adopter des «stimuli concertés» pour reprendre l'expression de Stephen Harper pour éviter que de solutions locales ne s'entrechoquent et provoquent des effets pervers. Il importe aussi que les pays fassent le ménage dans leur propre cours pour éviter que l'indiscipline des uns, comme ce fut le cas aux États-Unis, n'entraîne tous les autres dans la tourmente.
Ce qui compte, ce n'est pas tant ce qui a résulté de la «première rencontre à Washington» que le fait qu'on se soit tous convaincus ensemble de l'urgence et de l'importance d'agir. On s'est entendu sur des réformes majeures. Des grandes décisions de Washington, il faut noter en particulier la nécessité d'améliorer la transparence des marchés financiers, éviter que les banques et les institutions financières ne prennent des risques excessifs et se pencher sur les règles qui régissent la fraude et la manipulation des marchés. Il faut en finir une fois pour toutes avec ces paradis fiscaux ou «juridictions non coopératives» dont la complaisance sur les activités financières illégales est l'un des facteurs non négligeables de la crise actuelle.
En outre, on veut renforcer les régimes de réglementation financière des États. Ici, au Canada cela provoquera sans doute une autre prise de bec en Ottawa et Québec sur l'instauration d'une seule autorité des marchés financiers au pays. En période électorale, il est hautement improbable que la ministre québécoise des Finances Monique Jérôme-Forget ne lâche du lest sur cet enjeu fédéral-provincial.
Enfin, la rencontre a fait débloquer en 2008 la ronde de Doha sur un accord général de libre-échange. Il est étonnant qu'il fallu une crise de cette ampleur pour faire avancer un dossier qui piétinait dans une mer de mauvaise volonté.
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