Aucun knock-out signifie qu'aucun des chefs des trois grands partis, Jean Charest, Mario Dumont et Pauline Marois, a trop mal fait.
premier ministre sortant, M. Charest a réussi à maîtriser ses émotions face aux tirs groupés de ses adversaires politiques.
M. Dumont, qui traîne loin derrière dans les sondages d'opinion, a rebâti sa crédibilité et celle de son Action démocratique du Québec en posant de bonnes questions, en livrant des éléments de son programme sans trop s'exciter et tomber dans la démagogie. Au contraire, il a même su se montrer beau joueur en tendant la main aux libéraux dont il a vanté deux des idées.
La « nouvelle « venue
Quant à Mme Marois, elle était la « recrue « autour de la table. Elle a vite maîtrisé la mécanique des débats des chefs, et su passer son message tout en gardant son calme et même une certaine humilité. Sur une question du public, elle a reconnu que cet élément ne figurait pas dans le programme du Parti québécois, « alors je ne conterai pas d'histoires «. Bravo !
Ce débat aura finalement porté davantage sur l'approche et le style que sur la substance. Pour ceux qui ont suivi la campagne jusqu'ici, les chefs ont repris les messages qu'ils entonnent régulièrement dans toutes les régions du Québec. En ce sens, il n'y a pas eu d'inattendu, ni de nouvelle. Pas de document surprise comme l'avait fait M. Dumont lors du débat d'avril 2007, pas d'informations qui n'avaient pas déjà fait les manchettes à un moment donné au cours des trois dernières semaines.
Pour ceux qui étaient trop occupés à vivre leur vie et qui, un peu par dégoût aussi, ont ignoré la campagne électorale, le débat aura au moins servi - s'ils ont réussi à demeurer éveillés - à camper les trois leaders et les principaux enjeux qu'ils ont fait valoir jusqu'ici.
Vision
L'élément de la discussion le plus intéressant aura sans contredit été en finale, où les chefs ont été appelés à élaborer leur vision du Québec. Cela était en réponse au renouvellement du « Rêve américain « qu'incarne le nouveau président des États-Unis, Barack Obama. Son message d'espoir pour une nouvelle Amérique a finalement eu peu de résonance au Québec, si l'on en juge par le peu d'élan dans ce débat.
Comme « Rêve québécois «, M. Dumont n'avait rien de mieux à offrir qu'une éducation solide pour nos enfants, un objectif louable, certes, mais qui devrait figurer dans la base de tout programme d'un parti. Mme Marois a paru à court d'idée en reprenant à son compte le thème de l'éducation de M. Dumont ; sans doute voulait-elle là éviter de lancer avec trop de vigueur son rêve de faire du Québec un pays, ce à quoi on se serait attendu de sa part. Elle s'est contentée de parler d'affirmation de la langue et de la culture française en Amérique.
Plusieurs vantent les qualités de débatteur de M. Charest et il a précisément su, à ce moment, exposer mieux que ses adversaires son « Rêve québécois «. Son concept de « nouvel espace économique « a paru un peu confus au départ mais il a su en quelques secondes le détailler autour de plusieurs axes : entente de mobilité Québec-France, Québec-Ontario, Québec-Canada, Canada-Europe, ce qui ne laisse personne de côté. Et en finale, un « Rêve nordique « pour une meilleure appropriation par le Québec des 72 % que forment le Grand nord et ses populations autochtones et ses ressources naturelles.
Jean Charest est arrivé au débat avec une confortable avance dans les sondages. Ses adversaires n'ont pas réussi à l'ébranler, de sorte que le Parti libéral peut ainsi entamer le dernier droit sans trop d'inquiétudes. Il est en train de gagner son pari d'une troisième élection en cinq ans, ce qui n'est pas rien pour un homme qui a flirté avec le désastre à plusieurs reprises depuis son accession à la barre du PLQ.
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