Malgré le ton plus alarmiste du ministre Flaherty, les indications contenues dans sa mise à jour Protéger l'avenir du Canada ne sont que de la poudre aux yeux. Le déficit est évité mais l'équilibre budgétaire n'est pas assuré. Devant des journalistes, il a affirmé que le pays était un exemple à suivre, un chef de file dans le domaine économique.
Malgré ces belles paroles, le plan de sauvetage n'a pas été livré. Les véritables mesures de relance seront contenues dans le budget prévu en février. Il s'agit d'une bien mince consolation pour les retraités qui voient leurs économies fondre de jour en jour. Et que dire des travailleurs des secteurs manufacturiers et de l'automobile qui sont durement touchés et qui devront attendre plusieurs semaines avant d'entendre parler d'un éventuel plan d'action ?
Pour montrer l'exemple, le gouvernement entend se serrer la ceinture afin d'économiser, ce qui comprend des initiatives comme le contrôle des augmentations salariales aux fonctionnaires et des restrictions imposées aux sénateurs, ministres et hauts fonctionnaires. Il prévoit également l'abolition du droit de grève jusqu'à la fin de 2010-2011.
Mais là où le parti au pouvoir fait preuve d'une certaine mesquinerie, c'est en décidant d'éliminer la subvention de 1,95 $ par vote reçu que les contribuables versent aux politiciens. «Les partis politiques ont fini d'obtenir des avantages sans contrepartie, et de laisser les contribuables payer la note. Le train s'arrête ici», a déclaré le ministre des Finances. Le constat est navrant car il s'agit d'une économie de 28 millions $ équivalant à une goutte d'eau dans l'océan financier.
En apparence, les conservateurs ont le plus à perdre parce qu'ils ont reçu le plus de vote lors des dernières élections. Mais dans les faits, leur financement dépend moins largement de ces revenus que les autres partis puisqu'ils comptent sur un plus grand nombre de donateurs. Les libéraux seront les grands perdants de cette combine, preuve supplémentaire que les conservateurs ont bien l'intention de conduire les libéraux au bûcher. On a l'étrange impression que la crise économique sert plutôt de prétexte aux conservateurs pour mettre en place des mesures partisanes. Stephen Harper oublie peut-être que le financement qu'il veut abandonner sert un idéal plus grand, celui de l'équilibre démocratique.
Ces mesures détournent carrément l'attention des véritables enjeux liés à la santé économique en cette période des plus incertaines. Le gouvernement aurait avantage à laisser de côté la partisanerie au profit de la coopération. Il éviterait de faire dévier le débat sur des éléments secondaires qui ne viennent nullement en aide aux Canadiens inquiets.
Ce n'est pas pour rien que les trois partis d'opposition ont vivement dénoncé hier, la timidité des mesures proposées qui ne viendront pas véritablement en aide à l'économie canadienne. On ne peut que leur donner raison sur ce point. Mais surtout, libéraux, bloquistes et néo-démocrates sont furieux contre la décision des conservateurs de leur couper l'herbe sous le pied sur la question du financement des partis politiques.
Là encore, il s'agit d'une mesure inacceptable qui ne doit pas être adoptée.
Toutefois, il serait irresponsable de leur part de choisir de renverser le gouvernement de Stephen Harper si tôt après l'élection du 14 octobre. Les électeurs ont fait leur choix. Ni les politiciens ni les citoyens n'ont envie de se lancer dans une nouvelle campagne électorale. Ironie du sort, les coffres des partis sont quelque peu dégarnis par les temps qui courent - même si la situation est passablement moins critique chez les conservateurs - et personne n'a vraiment les moyens de financer un nouvel effort de guerre.
C'est pourquoi, face à l'intransigeance conservatrice, on ne peut que souhaiter la formation d'un gouvernement de coalition. Ce type d'alliance n'est pas la meilleure solution compte tenu des embûches considérables qu'il engendre mais constitue une alternative qui se doit d'être explorée. Les conservateurs ne peuvent se comporter comme s'ils étaient majoritaires.
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