Malgré la nature exceptionnelle de cette mesure, M. Harper s'est contenté de répéter les grandes lignes de l'énoncé économique, avec l'intention de calmer la donne auprès des Canadiens inquiets de savoir si leur gouvernement en fait assez pour atténuer les effets dévastateurs d'une crise économique mondiale.
Il a aussi répété ses attaques maladroites envers la coalition libérale-néo-démocrate qui s'est formée au lendemain de l'énoncé.
Stephen Harper, perçu grand stratège politique, pourrait voir le pouvoir lui glisser entre les doigts au profit d'une alliance bringuebalante, maintenue en vie, oh scandale !, par d'instables «séparatistes» - mot qu'il préfère devant l'auditoire anglophone que «souverainistes», utilisé devant le public francophone - qui n'attendent que la première occasion pour détruire le pays.
Attaques mesquines
Depuis deux jours, à la Chambre des communes et lors de ce discours à la nation, le premier ministre fait des pieds et des mains pour miner la légitimité, voire la légalité, d'une coalition des forces de l'opposition. Les attaques des élus conservateurs sont basses et mesquines, et tentent de convaincre la population qu'une coalition est une attaque envers les traditions démocratiques du pays, ce qui est de la pure foutaise. Tous les gouvernements minoritaires sont susceptibles de succomber par l'union ponctuelle de partis d'opposition qui mettent de côté leurs différences pour renverser celui qui est au pouvoir. Loin d'être une insulte à la démocratie, c'est plutôt son expression la plus logique. La majorité de sièges l'emporte : quoi de plus démocratique ?
Leurs appels à l'unité canadienne sont aussi carrément hors d'ordre. Avant qu'ils n'utilisent cet argument, il n'y avait aucune menace à l'unité du pays, ni résurgence des forces souverainistes au Québec. S'il est une menace, les conservateurs la créent de toute pièce en soufflant sur les braises de la fierté québécoise.
Cela dit, Stephen Harper espère avoir le privilège de diriger le Canada quelques semaines de plus. Pour cela, il devrait demander à la gouverneure générale Michaëlle Jean de mettre fin aux travaux de la Chambre des communes (de proroger, en langage parlementaire). Son gouvernement éviterait ainsi un vote de non confiance, prévu lundi prochain, vote qu'il est assuré de perdre compte tenu de l'élan qui porte la coalition ces jours-ci. LeDroit a dit que la gouverneure générale, compte tenu des avis contraires qui se font entendre, ferait bien de consulter la reine Elizabeth II. Et Mme Jean devrait permettre aux conservateurs la prorogation jusqu'en janvier, alors qu'ils devront présenter un nouveau discours du Trône et, s'ils lui survivent, un budget.
Consultations budgétaires
L'alternative à donner sept semaines de plus aux conservateurs, c'est de confier le pouvoir à la nouvelle coalition. Il s'agit d'un geste lourd de conséquences historiques.
Bien qu'il faut reconnaître que la crise économique nécessite des mesures plus musclées que celles dévoilées dans l'énoncé économique, le gouvernement en place s'est engagé à présenter un budget autour du 27 janvier. Le congé des Fêtes et l'assermentation du président Barack Obama, aux États-Unis, surviendront entre temps. Cela laisse assez de temps à M. Harper de mener la vaste consultation budgétaire qu'il s'est engagé à tenir dans son discours à la nation, hier.
Il est peu probable que les conservateurs n'aient pas appris de leurs erreurs d'ici là et s'entêtent à parler des bienfaits de la prudence fiscale, alors que la Dépression de 1929 nous a enseigné que les États doivent être des moteurs de développement économique pour stimuler une sortie de crise. S'ils échouent dans leur devoir de consultation, ils en paieront le prix par une défaite à la Chambre des communes. Avec les conséquences qui s'en suivront, tant au niveau de la coalition, ou ultimement, du jugement de l'électorat, si nous devions en arriver là.
pjury@ledroit.com











