Les citoyens ont déserté l'ADQ et ont réparti leurs votes à peu près à moitié moitié entre le PLC et le Parti québécois.
Les députés déchus de l'ADQ se refusaient d'avancer quelque analyse que ce soit pour expliquer leur déconfiture collective, à laquelle seul le chef Mario Dumont et la région de Québec ont échappé. Il ne faut pas croire que ce soient les députés adéquistes qui ont perdu, puisqu'ils ont été largement absents de l'opinion publique. Virtuels inconnus hors de leurs circonscriptions, ils ne peuvent être blâmés pour leurs défaites. Il faut regarder plutôt au bureau du leader et cofondateur de l'ADQ, M. Dumont.
Ce jeune vétéran de la politique québécoise pourrait tenter de faire porter le blâme de cette déconfiture sur ses adversaires, Jean Charest et Pauline Marois. Ils ont à peu près grugé ses voix et ses sièges à parts égales. Peut-être songerait-il à son «ami» Stephen Harper, le premier ministre conservateur qui a presque échappé le pouvoir au fédéral depuis deux semaines, et invoqué le démon souverainiste ce qui aurait dopé la ferveur au bénéfice du PQ...
Mais regarder du côté d'Ottawa pour expliquer ce qui s'est passé à l'ADQ ne tient pas la route parce que les libéraux ont aussi profité de la déroute adéquiste.
Mario Dumont n'a qu'à regarder dans le miroir pour voir la cause de la déroute de son parti, comme il méritait toutes les accolades pour le raz-de-marée adéquiste de l'élection de 2007. Il a porté l'ADQ à bout de bras pendant plus de 12 ans avant de voir ses efforts récompensés. En 2007, la population québécoise était insatisfaite du bilan libéral de l'équipe de M. Charest et ne se sentait pas à l'aise de se tourner vers le Parti québécois mené alors par André Boisclair. Sans autre option, elle a pensé que l'ADQ pourrait être une solution.
Une année et demi d'exercice de l'opposition officielle a démontré que, sauf quelques exceptions comme Gilles Taillon, défait dans la circonscription outaouaise de Chapleau, M. Dumont n'avait pu bâtir son parti au-delà d'une bande de petits politiciens locaux. Ils ont paru bien sombres devant les réflecteurs de l'Assemblée nationale.
Devant la débandade qu'il sentait, Mario Dumont a posé des gestes de panique. Il a tenté de récupérer la grogne de certains concernant le cours d'Éthique et morale religieuse ; il a tenté d'effrayer les retraités à propos des pensions payés à même la Caisse de dépôt et placement du Québec, il s'en est pris à la cible facile que sont les prestataires d'aide sociale, etc. Cela a suffi pour que les Québécois ne voient plus celui pourrait un jour être le chef d'État, mais bien un politicien qui avait de la misère à convertir ses idées de centre droit en phrases porteuses d'espoir pour les insatisfaits du pouvoir régnant.
Mario Dumont aura monopolisé l'attention toute cette soirée d'élection au Québec, raflant au premier ministre Charest la liesse d'une troisième victoire consécutive. Contre l'avis de tous, il a plongé la Belle Province dans une élection peu populaire. Son discours a misé sur une direction forte pendant une période de secousses économiques. Cela aura servi à mettre à l'arrière-plan son bilan en santé, dont les bienfaits se font attendre nulle part autant qu'en Outaouais.
Quel est le Jean Charest que les Québécois ont élu, ce 8 décembre 2008 ? M. Charest peut être un homme d'idées. Mais il ne doit pas être celui de 2003, fonceur et frondeur, ni sombrer dans l'immobilisme d'un pouvoir douillet. Il doit avoir le cran de faire avancer le Québec, tout en incarnant la sagesse qu'il a démontrée pendant son statut minoritaire.
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