De 2003 à 2006, le Québec s'est classé au neuvième rang des dix provinces canadiennes. En 2007, c'est un élève sur quatre qui ne finit pas son secondaire au Québec, 31,3 % des garçons et 19,5 % des filles.
En Outaouais, la situation n'est guère reluisante : selon l'Institut de la statistique du Québec, le taux de décrochage en formation générale des jeunes se situe à 34,2 %, une certaine détérioration par rapport aux deux dernières années. Mince consolation, ce taux était de 37 % en 2002. La situation des garçons est encore plus désolante puisque, en 2007, 40,1 % des étudiants ont quitté le secondaire sans qualification ni diplôme, par rapport à 27,9 % des filles.
Ainsi, on observe en Outaouais un taux de décrochage qui frôle la catastrophe et dont il ne faut pas minimiser les lourdes conséquences sur la qualité de l'emploi en particulier et la société en général. Il est vrai que les statistiques n'incluent pas le nombre d'élèves qui vont finir leurs études en Ontario. Il n'en demeure pas moins que l'Outaouais demeure à la traîne des grandes régions du Québec.
Même s'il n'existe aucune véritable concordance entre le faible taux de participation aux élections québécoises et le faible taux d'obtention d'un diplôme au secondaire, l'éducation demeure un facteur déterminant de la qualité d'une société et de l'implication des citoyens dans leurs institutions.
Ces statistiques alarmantes sont difficilement réconciliables avec le titre de »smart city «, ville apprenante ou «intelligente», que Gatineau a mérité dans un récent palmarès du Conseil canadien sur l'apprentissage et de la revue Maclean's. On dit d'une ville qu'elle est «intelligente» quand elle offre un environnement propice à l'apprentissage tout au long de la vie. Cela se traduit par des salaires plus élevés, des perspectives d'emploi plus stimulantes, une meilleure santé et une vie plus intéressante. Il est difficile d'expliquer que l'Outaouais soit aux prises avec un tel problème de décrochage quand le climat d'apprentissage y serait aussi favorable.
Même s'ils apparaissent contradictoires, les deux phénomènes ne sont pourtant pas inconciliables. Il se crée en effet un clivage de plus en plus marqué entre ceux qui poursuivent et complètent leurs études et les décrocheurs, ce qui ne fait qu'accentuer les écarts entre riches et pauvres, entre les gagnants et les perdants à la loterie de la société.
Or, les gouvernements s'apprêtent à lancer de grands chantiers pour relancer leurs économies bancales. Le premier ministre Jean Charest a même affirmé en campagne électorale qu'il était temps d'investir massivement pour que le Québec soit prêt lorsque l'économie reprendra du tonus. La formation d'une main d'oeuvre qualifiée fait partie de ces investissements nécessaires pour préparer le Québec à une éventuelle relance de l'économie.
Malheureusement, de tels investissements dans la formation ne se voient pas dans l'immédiat et leurs échecs ne constatent que beaucoup trop tard. Le décrochage scolaire, en particulier chez les garçons, est un véritable passif dont les effets sur notre société se feront sentir pendant des générations. C'est pourquoi il faut valoriser l'apprentissage des métiers auprès des jeunes pour qu'ils apprennent que l'éducation n'est pas qu'une affaire d'universitaires dans les hautes sphères du savoir.
Plusieurs l'ont compris. Ainsi, sur la rive ontarienne, La Cité collégiale et le Collège Algonquin planchent sur deux projets d'instituts des métiers en partenariat avec tous les intervenants de l'industrie de la construction. Ces projets visent non seulement à contrer les pénuries de main d'oeuvre dans les métiers de la construction, mais également à former des travailleurs à la fine pointe des progrès de l'industrie. Pour attirer les futurs travailleurs de la construction, il faut être en mesure de leur offrir à la fois des équipements, des facilités, des programmes, des formateurs et un encadrement qui les incitent à y bâtir leur avenir.











