Le cas de la grève à OC Transpo est un exemple concret de la démesure du moyen par rapport à sa conséquence et de l'incapacité des personnes ou des groupes affectés de faire valoir le bon sens. C'est pourquoi la Ville d'Ottawa doit tout faire en son pouvoir pour régler ce conflit tout en utilisant tous les moyens à sa disposition pour faciliter son fonctionnement durant ce conflit.
Il en va par exemple des règlements sur le stationnement et l'utilisation des voies réservées au transport en commun. Il en va de toutes les alternatives de transport que doivent utiliser les citoyens. Il est également de la responsabilité de la société civile de restreindre l'utilisation des piquets de grève pour gêner encore davantage le bon fonctionnement de la société comme on l'a vu à l'hôtel de ville d'Ottawa. N'oublions pas qu'il est ici question d'un rapport de force dont les citoyens font les frais, à leur corps défendant.
Paralyser le fonctionnement normal d'une société dans une période difficile de l'année et dans une conjoncture économique catastrophique est une décision dont les conséquences dépassent, et de beaucoup, les inconvénients qu'elle provoque. La grève des chauffeurs d'OC Transpo ne peut être comparée à l'exercice de moyens de pression qui se traduisent par de l'inconfort, de l'impatience ou de la contrariété. Elle cause beaucoup plus que des ennuis. Elle déséquilibre le fonctionnement toujours fragile d'une agglomération qui ne peut fonctionner adéquatement sans ses services essentiels... dont le transport en commun est l'un des principaux.
OC Transpo n'est pas Wal-Mart. C'est un service public que se sont donnés et que se payent les citoyens. En débrayant, les 2 300 chauffeurs ont collectivement manqué de jugement et infligé à leurs concitoyens un sort qu'il ne méritent pas et dont ils sont les victimes non consentantes.
On a souligné qu'Ottawa épargnait 3 millions $ par semaine de grève. Il serait tout aussi indécent de la part de la Ville de faire durer le conflit parce qu'elle épargne des millions $.
Pour l'instant, les seuls qui peuvent parler au nom de la population sont les élus. Les seuls qui doivent régler ce conflit sont les élus. C'est pourquoi il est normal que le maire soit le seul porte-parole et que les conseillers suivent la consigne du silence. Montrer un front divisé à «l'adversaire», c'est affaiblir sa position et ses moyens. La sortie du conseiller Clive Doucet pour demander l'arbitrage est un geste malheureux dans les circonstances.
Par contre, le maire O'Brien n'a pas servi sa cause en mentionnant la question de la sécurité pour justifier la position de la ville sur la gestion des horaires de travail.
Discrédit
La démesure entre la fin et le moyen est telle que les chauffeurs d'autobus ne remporteront jamais la bataille de l'opinion publique. Ils se sont déjà discrédités aux yeux de la population. Il est temps que les deux parties se mettent carrément en mode solution plutôt qu'en mode conflit. Soi disant pour une question d'horaires de travail.
Les organismes de charité dont les campagnes risquent d'écoper, les travailleurs mis à pied pour cause de ralentissement économique, les moins nantis, les mères monoparentales, les personnes âgées ou les étudiants qui ne peuvent se déplacer sont autant de dommages collatéraux d'un conflit «légal» dans un service essentiel, mais dont l'outrance est nettement disproportionnée par rapport à sa justification. Le déséquilibre entre le débrayage et ses conséquences sociales, économiques ou autres n'est plus acceptable.
Les citoyens ont payé assez cher le droit d'une faible minorité à leur retirer un service essentiel. Assez de perturbations, d'inconvénients, d'inconforts et de contrariétés ; assez de rendez-vous annulés, d'examens ratés, d'opportunités manquées, d'emplois perdus. Un peu de bon sens peut-être ?
pbergeron@ledroit.com











