Pour des mesures ciblées

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Pierre Jury
Le Droit

Le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, laisse couler certaines informations ces jours-ci pour jauger la réaction des Canadiens à diverses initiatives qu'il pourrait inclure dans son prochain budget, lequel doit être déposé le 27 janvier prochain.

Ce budget sera crucial pour la survie du gouvernement conservateur. Il constitue la pièce maîtresse de son plan pour lutter contre la crise économique qui secoue la planète et à laquelle le Canada n'échappe pas. Ce budget devrait normalement corriger les bourdes commises dans l'énoncé économique de décembre dernier. Elles avaient tant irrité les partis d'opposition qu'ils ont formé une coalition qui, si elle devait tenir le coup, représenterait une majorité de votes à la Chambre des communes.

 

(Depuis, le Parti libéral du Canada a changé de chef, Stéphane Dion étant remplacé par un Michael Ignatieff qui a pris ses distances de la coalition. Aujourd'hui, M. Ignatieff, comme Gilles Duceppe, du Bloc québécois, disent qu'ils attendront de voir le budget Flaherty avant d'annoncer leur intention de voter pour ou contre.)

Les conservateurs ont mis du temps avant d'être convaincus que l'économie canadienne avait besoin d'un plan majeur de dépenses publiques. Par conviction profonde, les conservateurs ne sont pas chauds à l'idée d'une augmentation des dépenses de l'État ; ils préfèrent des gouvernements plus petits, moins interventionnistes, et croient en les forces du marché et dans le laissez faire économique. C'est dans cette optique qu'il faut comprendre les interventions répétées de M. Flaherty en faveur d'une réduction des impôts. C'est un mantra conservateur qui vaut celui des néo-démocrates ; eux croient en l'efficacité d'un État régulateur des forces du marché. Ayant été élus lors des deux dernières élections fédérales, ce sont les solutions des conservateurs qui sont mises de l'avant.

C'est pourquoi M. Flaherty insiste toujours, lorsqu'il parle de son plan de relance pour l'économie canadienne, pour parler de réductions d'impôt en même temps qu'il reconnaît les pressions en faveur d'un programme d'infrastructures, par exemple.

Il est faux de prétendre, comme le soutient le ministre Flaherty, que l'important est de remettre de l'argent dans les poches des contribuables afin qu'ils le dépensent et qu'ils fassent, par leur action collective, redémarrer l'économie. Parce que les réductions d'impôt ne sont pas toutes pareilles. Mais le discours du ministre, à ce moment-ci, ne fait pas de différence. On lui reconnaîtra qu'il a raison d'entretenir un certain flou quant aux mesures précises qui seront incluses dans le budget.

La réduction de la TPS (Taxe sur les produits et services) a été un populaire artifice électoral mais les économistes ont massivement critiqué les conservateurs qui ont tari les ressources de l'État. Ces revenus que le fédéral n'a plus auraient pu servir aujourd'hui à stimuler l'économie. À moins que vous n'ayez fait un achat coûteux comme une automobile, les chances sont bonnes pour que la réduction de la TPS de 7 à 5 % vous ait souri, mais ne vous ait pas encouragé à dépenser davantage.

Idem pour les baisses d'impôts des contribuables, auxquelles songeraient les conservateurs : si c'est mieux que l'inverse, les baisses représentent d'ordinaire des sommes minuscules une fois saupoudrées à la grandeur du pays. À quoi bon une baisse d'impôt qui représente à peine le prix d'une tasse de café, ou d'un litre d'essence, par semaine ?

Si les Bleus veulent aider les Canadiens, il vaut mieux se concentrer sur des mesures ciblées. Comme alléger l'accès à l'assurance-emploi. Comme augmenter les déductions de dépenses reliées au travail, comme l'achat d'outils et d'équipement, la formation professionnelle, etc. Elles peuvent cibler encore plus précisément certaines industries spécifiques - les ressources naturelles, par exemple. Ces travailleurs ont bien plus besoin d'aide ces mois-ci que ceux d'autres secteurs économiques. Il reste à voir si les conservateurs sont prêts à piler sur leurs principes et à reconnaître que l'État peut venir à la rescousse des travailleurs autrement qu'en disparaissant du portrait.

pjury@ledroit.com

 

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