Pas d'élections à court terme

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Pierre Jury
Le Droit

Le budget fédéral déposé par le ministre des Finances Jim Flaherty, hier, a suffisamment de raisons de satisfaire Michael Ignatieff et d'indisposer Jack Layton. Assez pour éviter des élections à court terme.

Quant au chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, tant que M. Ignatieff est content, son avis importe peu. Il devrait tout de même y avoir retrouvé suffisamment de mesures pour aider le Québec et les Québécois pour appuyer le budget. Même s'il ne le fera pas pour des raisons politiques, voter contre lui donnera les coudées franches pour l'avenir.

 

Ce budget a été conçu dans le but d'aider l'économie canadienne et la population à traverser une crise économique difficile, mais tout autant pour assurer la survie du gouvernement conservateur. L'Énoncé économique déposé le mois dernier était revanchard et tendancieux, en plus de sous-estimer l'ampleur de la crise financière et de ses effets dans tous les recoins de l'économie canadienne. Ce budget vient corriger en grande partie cet Énoncé économique... et couper l'herbe sous le pied de la coalition des partis d'opposition à la Chambre des communes. Aujourd'hui, nous pouvons dire que cette coalition est mort-née.

Le budget ratisse large. Il y en a pour tous les goûts, dans tous les coins du Canada et de tous les horizons sociaux. Il y a de substantielles réductions d'impôt pour satisfaire la base conservatrice derrière Stephen Harper, et des dizaines de mesures de stimulation économique de tout acabit : appui au logement social, à la rénovation domiciliaire de milliers de Canadiens, à la construction ou la rénovation d'infrastructures traditionnelles (ponts, routes, etc.) et novatrices (Internet, recherche et développement), l'environnement, etc.

M. Layton, le leader du Nouveau parti démocratique, répète sur toutes les tribunes qu'il ne fait pas confiance à M. Harper pour livrer la marchandise d'un tel budget. Il pourra bien ergoter sur l'ampleur de l'une ou l'autre de l'éventail des mesures du budget Flaherty, n'empêche qu'il s'est «peinturé» dans un coin et qu'il ne peut s'en dépêtrer sans perdre la face. Ce budget contient pourtant suffisamment d'initiatives pour aider les moins nantis, les jeunes et les chômeurs, par les baisses d'impôt, la bonification de l'assurance-emploi et la formation professionnelle, que cela aurait pu être un budget néo-démocrate. M. Layton a placé toutes ses jetons sur la case «coalition» et il a perdu. C'est peut-être tout son avenir politique qui pourrait être entaché... alors que son principal lieutenant, Thomas Mulcair, a été plus nuancé dans son propos. Peut-être n'attendait-il en coulisses que ce moment arrive.

Principes piétinés

Sous Stéphane Dion, les libéraux ont avalé l'an dernier plusieurs couleuvres politiques parce qu'ils n'avaient pas les moyens de défaire le gouvernement. Michael Ignatieff a encore besoin de temps - il n'est toujours que chef intérimaire du Parti libéral du Canada - et le budget Flaherty vient de lui en donner. Le caucus libéral qui devait se réunir hier soir devrait donner le signal clair à M. Ignatieff que ce budget est tout à fait acceptable. Eux aussi n'auraient probablement pas fait mieux. Différemment, mais pas mieux.

Les conservateurs viennent donc d'acheter du temps. Stephen Harper sera content de la réaction populaire à son plus récent budget. Il aime gouverner et il sera en selle... jusqu'à la prochaine crise (qu'il a maladroitement provoquée dernièrement). Si son gouvernement agit sagement, le répit durera au moins jusqu'à l'automne. Les libéraux auront eu le temps de jeter les bases d'une reconstruction de leur parti d'ici là et ils se sentiront ragaillardis.

Évidemment, ce gain à court terme pour les conservateurs a un prix : ils ont marché sur leurs principes du laisser-faire économique en proposant entre autres un train de dépenses d'ordre social. Leur défi à partir d'aujourd'hui : gérer la sortie de crise économique pour éviter de passer pour le gouvernement qui a replongé le Canada dans une nouvelle ère de déficits budgétaires. Sinon, ils pourraient être confrontés à une autre génération de gouvernements libéraux, leur grande hantise.

pjury@ledroit.com

 

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