Cet élément clef de l'Énoncé économique du ministre des Finances Jim Flaherty s'est avéré l'un des pétards qui a soufflé l'arrogance des conservateurs. Mesurant la grogne dans les autres partis représentés à la Chambre des communes, et au sein de la population, ils ont vite battu en retraite. Ils titubent depuis.
Mais s'ils y croient vraiment, ils pourraient bien revenir à la charge. Le débat vaut certainement la peine d'être tenu, même si la principale réforme à ce sujet au fédéral ne date que d'à peine six ans. Agissant quasiment seul, le premier ministre d'alors Jean Chrétien avait peaufiné son héritage politique en plafonnant sévèrement les contributions des entreprises et des syndicats, et proposé un financement à même les deniers de l'État.
Comment les états balisent le financement de leurs organisations politiques est une des bases de la démocratie. Plus le financement politique est transparent, plus les règles sont claires, plus elles sont partagées par l'ensemble de la classe politique, mieux la démocratie en place se porte.
Sous René Lévesque, en 1977, le Québec a été un pionnier dans le domaine. C'est de lui que M. Chrétien s'est inspiré, 25 ans plus tard, dans un élan de grandeur d'âme politique qu'on ne lui avait pas connu auparavant.
Depuis qu'il est au pouvoir, Stephen Harper ne donne pas tant l'impression de militer pour une meilleure démocratie que d'être un homme qui tente par tous les moyens d'affaiblir ses adversaires pour assurer l'avenir de la droite au pays. Avec sa dernière tentative avortée, c'était en tarissant leurs sources de revenus. Dans cette perspective, la tenue d'élections répétées lui sourit également.
Pourtant, la réforme du mode de financement public vaut la peine d'en parler. Si M. Harper y croit vraiment, il serait tout à fait justifié de la ramener à l'avant-scène. Et tous les partis feraient bien de s'inspirer des succès du Parti conservateur du Canada dans le domaine du financement populaire. Les données publiées récemment par Élections Canada ont démontré noir sur blanc que les conservateurs sont les champions des collectes de fonds, avec un record de 21,2 millions $ en 2008. C'est presque quatre fois mieux que le Parti libéral du Canada et le Nouveau parti démocratique, qui ont respectivement récolté 5,9 millions $ et 5,5 millions $ au cours de la dernière année.
Les conservateurs ont cultivé une large base de contributeurs qui, selon les années, va de 50 000 à 100 000 personnes. C'est la clef du succès. Aux États-Unis, la campagne présidentielle de Barack Obama comptait elle aussi sur des milliers de donateurs. La liste des donateurs du PLC ne dépasse pas 25 000 noms, selon les chiffres les plus généreux des dernières années.
M. Chrétien a évalué qu'il valait la peine de nettoyer les partis politiques de tous les grands lobbies industriels et syndicaux, au prix d'un financement de l'État. Les conservateurs ont proposé de mettre fin à cet appui étatique, sans rien suggérer en retour. Pire, ils ont agi de leur propre chef, sans consultation.
Louis Bernard, un des bras droits de René Lévesque au Parti québécois, a rappelé que l'une des assises de la réforme de 1977 était l'appui unanime de tous les partis à l'Assemblée nationale. «Les règles du jeu ne doivent pas être définies pas un seul des joueurs, mais [...] être acceptées par tous», a-t-il rappelé récemment. Il en était de même pour les grandes décisions démocratiques, comme la carte électorale et le fonctionnement du Parlement.
Ce principe est fondamental. Que M. Harper veuille cette réforme, soit. Il s'agirait d'une suite logique à celle de 2003 ; elle causerait du tort aux petits partis qui ont des appuis diffus, comme le Parti vert, mais il y a du mérite à l'argument que tout parti politique doive se supporter lui-même, sans aide extérieure. Mais toute modification au présent système doit obtenir l'assentiment des partis à la Chambre des communes. Voilà la voie qu'un vrai démocrate doit emprunter.











