Un plan troué

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Pierre Jury
Le Droit

En décembre, une pluralité de voix ont appelé à un sauvetage financier de deux des trois géants de l'automobile au Canada, General Motors et Chrysler. LeDroit était de ces voix. Il y avait tout simplement trop d'emplois en jeu, trop de communautés dont les économies locales seraient profondément perturbées si GM et Chrysler devaient s'effondrer.

Et puis il était entendu que ce financement de 4 milliards $ ? des prêts d'un milliard $ à Chrysler, et 3 milliards $ à GM ? consistait en une aide d'urgence pour leur permettre de se rendre jusqu'en février. Cela donnerait le temps à deux choses de se faire : l'arrivée d'une nouvelle présidence aux États-Unis, celle de Barack Obama, et la rédaction de programmes de redressement pour les deux entreprises. Ce sont ces programmes qui ont été dévoilés, hier.

Étonnamment, alors que l'on croyait Chrysler plus en difficulté, c'est elle qui a déposé le meilleur plan des deux. Cela est en grande partie basé sur un nouveau partenariat avec le constructeur italien Fiat. On estime que Chrysler espère recevoir des prêts supplémentaires des gouvernements du Canada et de l'Ontario de l'ordre d'environ 2 milliards $.

General Motors, plus gros, s'attend à beaucoup plus, 7,5 milliards $ de plus en fait. Pourtant, son plan est plus faible, entre autres basé sur des prévisions de reprise des ventes assez optimistes.

Pour grosso modo 10 milliards $ de plus, les contribuables canadiens se verraient garantir... pas grand chose de valeur. Davantage de pertes d'emplois par milliers, des réductions d'avantages sociaux pour les employés et ses 56 000 retraités. Plus de plancher d'emploi mais un plancher de production de véhicules... en pourcentage de la production mondiale de GM.

Le plan troué de General Motors avoisine l'affront. Ça revient à plus de 800 000 $ d'aide publique pour chaque emploi maintenu. Ça commence à faire cher et il faut se demander si, dans le cas de GM, il ne serait pas moins onéreux pour l'état canadien d'investir une telle somme ailleurs...

Incroyable

C'est avec des réflexes frileux comme celui qui a interdit les publicités athées sur les autobus d'OC Transpo que le Québec s'est en partie retrouvé avec un débat sur les accommodements raisonnables.

Au sein de la société de transport d'Ottawa, quelqu'un, quelque part, a pensé qu'il pourrait être offensant de prétendre que Dieu puisse ne pas exister. Et s'est servi de ce principe pour interdire les publicités mobiles qui sont apparues récemment sur les autobus de plusieurs villes d'Europe et d'Amérique du nord, comme Londres, Calgary et Toronto.

Elles ne nous semblent pas très offensives : « Dieu n'existe probablement pas. Arrêtez maintenant de vous faire du souci et commencez à profiter de la vie. »

Pourtant, OC Transpo a estimé que cette phrase « pourrait porter préjudice ou être offensante ».

Avec le foisonnement des croyances religieuses qui se côtoient au Canada, il est toujours possible de trouver quelques individus, quelque part, qui se sentent offensés par ceci ou cela. À preuve, il y en a des centaines qui sont offensés de voir et d'entendre la langue française à Ottawa, même si la Loi sur les langues officielles existe depuis plus de 40 ans au pays ! Alors pour une phrase un peu provocante au plan des valeurs, ce ne serait pas difficile de trouver deux ou trois intolérants prêts à déchirer leur chemise sur l'autel de l'athéisme.

Elle n'est pourtant pas méchante, cette phrase.

On a même ajouté un adverbe, « probablement », afin de la tempérer.

Ce fut tout de même assez pour que six élus au comité du transport en commun à la Ville d'Ottawa ne puissent trancher la question, aboutissant à un vote de 3-3. Elle sera donc portée à la connaissance de tout le conseil municipal, le 11 mars prochain.

Incroyable, s'exclame-t-on, qu'une question si triviale non seulement trébuche au sein de l'appareil bureaucratique, mais d'un comité de conseillers. Pas une trop bonne publicité pour la Ville d'Ottawa, tout ça.

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