«Franchement, nous ne vaincrons jamais ces insurgés», a lancé M. Harper sur les ondes de CNN, dimanche.
Il a reconnu que les progrès ont été «modestes», une autre manière de dire que le terrain gagné une journée peut être perdu le lendemain.
M. Harper est allé plus loin que jamais avec ces messages. Il a franchi un pas de plus sur le message traditionnel qu'il livrait, à savoir qu'il souhaitait que l'Afghanistan devienne «un pays sécuritaire, libre et démocratique». Pour ça, il a toujours été vendu à la population canadienne qu'il fallait défaire militairement les Talibans et sécuriser le territoire afghan avant de pouvoir y faire un vrai travail de reconstruction. Il a été souvent répété que les insurgés devaient être vaincus dans les provinces plus rébarbatives, comme Kandahar, de manière à permettre le renforcement de l'administration présidentielle dirigée depuis 2002 Hamid Karzaï.
Maintenant, le premier ministre soutient que les Talibans et autres contestataires de la présence étrangère en Afghanistan ne pourront être vaincus. Il est tout à fait légitime, en ce sens, de se demander pourquoi nous demandons à nos Forces armées de faire une telle besogne si le premier dirigeant du pays est convaincu que la victoire est pour toujours hors de portée !
Il n'est pas anodin de rappeler, du même coup, que les contribuables canadiens contribuent à hauteur de 11,3 milliards $ pour cette mission qui doit se poursuivre (militairement) jusqu'en 2011.
(Ça, c'est si vous croyez les chiffres du gouvernement conservateur. Les estimés du Directeur parlementaire du budget, Kevin Page, oscillent entre 13,9 milliards $ et 18,3 milliards $, parce qu'il inclut les prestations aux blessés de guerre et autres frais encourus par d'autres ministères que celui de la Défense nationale.)
Rappelons aussi, parce que c'est une conséquence tragique de cet effort de guerre, que 108 soldats canadiens sont morts en Afghanistan, et que 375 y ont été blessés. Un de nos diplomates y a aussi trouvé la mort. Ces vies humaines ont-elles été investies dans une pacification illusoire du territoire afghan ? Et que dire des 25 ou 30 morts supplémentaires que les Forces canadiennes devraient y subir d'ici 2011, si le rythme funèbre se maintient ?
Le gouvernement Harper a réussi à prolonger la mission canadienne dans la province de Kandahar jusqu'en 2011. La partie militaire doit alors céder l'essentiel de sa visibilité au profit d'une mission de reconstruction.
Mais les pressions internationales seront fortes pour que le Canada prolonge une fois de plus son effort de guerre. Le président Barack Obama a déjà annoncé que si la guerre en Irak se soldait bientôt par un retrait des troupes américaines, quelque 17 000 G.I. seront redirigés vers l'Afghanistan voisin pour y poursuivre la «lutte au terrorisme». M. Obama pourrait demander au Canada de revoir sa «date de sortie» d'Afghanistan.
Dans une perspective où nous avons un premier ministre qui ne croit pas à la possibilité d'une victoire, pourquoi envisager y demeurer au-delà de 2011 ? Et même, pourquoi y rester jusqu'en 2011 ?
La question mérite d'être posée.
LeDroit a cru à la mission en Afghanistan. Le président Karzaï, en tournée au Canada en septembre 2006, a livré un vibrant plaidoyer en ce sens. Il nous a semblé que les pays occidentaux avaient une certaine mission morale à lutter contre les troupes talibanes qui ont mené leur pays entre 1996 et 2001 dans une ère obscurantiste où éducation et droits humains étaient réprimés au profit d'un régime répressif prônant une vision «pure» de l'islamisme.
Le surplace constaté malgré les efforts de nos troupes à Kandahar et les faibles progrès constatés dans le reste du pays mettaient durement à l'épreuve notre appui à cette mission difficile, réalisée avec l'aval de l'OTAN. Maintenant que notre premier ministre ne semble plus y croire, pourquoi nos soldats devraient-ils y croire ? Pourquoi les Canadiens devraient-ils y croire ?
pjury@ledroit.com











