C'est louche...

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Pierre Allard
Le Droit

Les francophones hors Québec ont toujours été les laissés-pour-compte de la fédération canadienne. Brimés d'un océan à l'autre pendant le premier siècle après la Confédération, ils ont été « redécouverts » dans les années 1960 quand le Québec a commencé à s'agiter et que, dans le cadre du débat binational, la présence francophone dans les provinces majoritairement anglaises est devenue un élément clé de l'équation canadienne. Mais au-delà de leur importance stratégique, la réalité et les espoirs des Canadiens français hors Québec n'ont jamais, sauf exception, suscité beaucoup d'intérêt.

Le comportement cavalier du gouvernement Harper dans le dossier du nouveau Programme d'appui aux droits linguistiques constitue un autre témoignage éloquent de cette indifférence. L'an dernier, Ottawa avait attendu au mois de juin pour présenter, très en retard, une « feuille de route » linguistique qu'il aurait dû rendre publique avant la fin de mars. C'était déjà louche. Quand un dossier revêt une grande importance, les échéanciers sont généralement respectés. Quoi qu'il en soit, dans le cadre de cette feuille de route, on avait annoncé la création prochaine d'un Programme d'appui aux droits linguistiques, successeur plutôt fade, rabougri même, de l'ancien Programme de contestation judiciaire que les Franco-Ontariens avaient utilisé dans l'affaire Montfort.

En janvier 2009, Lise Routhier-Boudreau, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), organisme parapluie des francophones hors Québec, avait déclaré que les discussions allaient bon train avec le gouvernement et qu'elle s'attendait au lancement du nouveau programme en avril. C'était déjà bien tard, compte tenu qu'Ottawa avait annoncé ses couleurs en juin 2008. Avait-on la moindre idée de la forme que prendrait ce programme d'appui aux droits linguistiques au moment d'en faire l'annonce ? Si oui, le dossier n'aurait-il pas pu se régler en quelques mois ? C'est louche.

On peut comprendre qu'au début de mars, Mme Routhier-Boudreau ait demandé des détails sur le lancement dudit programme. Or, deux semaines plus tard, elle dit n'avoir reçu aucune réponse du ministre James Moore. Selon la présidente de la FCFA, tout avait été remis au ministre. Le dossier était complet et rien ne justifiait un autre retard. Encore moins ce silence de deux semaines. C'est louche.

Dans sa réponse au Droit, une porte-parole du ministre a carrément contredit Mme Routhier-Boudreau. Loin d'avoir complété son travail, le gouvernement, dit-elle, travaille de concert « avec des intervenants clés » des minorités francophones hors Québec et de la minorité anglophone du Québec « pour développer un programme qui répondra à leurs besoins ». Officiellement, le dossier ne semble pas très avancé. C'est louche.

Le ministre nous assure que le programme d'appui aux droits linguistiques sera lancé d'ici « la fin de 2009 ». Nous aimerions le croire, mais restons sceptiques...

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