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Pierre Jury
Le Droit

Le message envoyé par George Gillett ne fait aucune équivoque. Quand un propriétaire demande à des banques d'affaires «d'évaluer toutes les stratégies possibles entourant les propriétés», il s'agit d'un signal poli pour les magnats industriels qu'il y a un urgent besoin d'argent dans l'entreprise. Ce besoin est si urgent que l'on est prêt à considérer toutes les avenues potentielles. C'est ce que veut dire le président du Canadien de Montréal, Pierre Boivin, lorsqu'il parle «de capitalisation, de restructuration du financement, de nouveaux investisseurs ou carrément de vente des entreprises».

Le message est clair, net et précis. Il veut dire que M.Gillett éprouve des difficultés financières et que tout ce qu'il possède est à vendre à un juste prix.

 

Si le Club de hockey Canadien se retrouve sur le marché, il faut cependant préciser que c'est un peu par hasard. M.Gillett possède des investissements dans plusieurs industries mais il s'adonne que son équipe de hockey à Montréal s'avère son actif qu'il est le plus facile à vendre, et le plus rapidement.

La crise économique frappe fort et frappe partout. M.Gillett ne sera sans doute pas le premier propriétaire de la Ligue nationale de hockey à devoir liquider de ses actifs. Il est trop endetté et dans le présent climat bancaire, il est de plus en plus difficile d'emprunter de l'argent, ou de renouveler un prêt. Les banquiers exigent de l'argent liquide, ou des garanties supplémentaires. Quand on n'en a pas, comme c'est de toute évidence le cas de M.Gillett ces semaines-ci, il faut vendre. C'est la même logique qui prévaut chez Nortel Networks... même si la société de télécommunications s'ampute de revenus importants si elle vend ses divisions les plus intéressantes. À un moment donné, elle pourrait s'asphyxier elle-même, en se débarrassant de ses sources de revenus et en ne gardant que ses départements moins performants.

Idem donc pour M.Gillett dont l'empire financier comprend cinq centres de ski (dont Vail, au Colorado), une écurie de course automobile de la série NASCAR (Gillett Evernham Motorsports), la moitié d'un des clubs de football les plus illustres au monde (Liverpool FC, 50-50 avec le Texan Tom Hicks), des concessionnaires automobiles et des entreprises d'alimentation.

De toutes ses propriétés, c'est sans doute le Canadien qui sera le plus facile à vendre, et au meilleur prix. Il tente depuis des mois d'avoir 500 millions$ US pour sa part du Liverpool FC mais personne ne veut s'acoquiner avec M.Hicks... qui ne veut pas vendre sa part. Les autos de course, le ski et les concessionnaires d'auto ont peu de valeur ces mois-ci. Surtout que ces entreprises sont basées aux États-Unis.

La vente possible du Canadien de Montréal est une grosse nouvelle. En grande partie parce qu'une dynastie du genre oublions leurs performances sur la glace ces semaines-ci n'arrive pas souvent sur le marché. C'est encore plus vrai que le Canadien joue dans notre cour et que la population francophone du Canada voue pour le Tricolore une admiration depuis des décennies.

Puis il y a le fait que la récession frappe moins fort au Canada qu'aux États-Unis. D'ailleurs la nouvelle était à peine ébruitée que l'on pouvait déjà imaginer plusieurs noms comme acheteurs potentiels: il y a encore quelques gros portefeuilles qui s'intéressent à une dynastie comme le Canadien... et nous n'avons pas encore regardé outre frontières. Qui avait pensé à George Gillett lorsqu'il a acquis le Canadien en 2000? Rappelons qu'il n'a mis que 50 des 275 millions$ nécessaires sur la table: le reste a été financé par la Caisse de dépôt et placement du Québec (140 millions$) et deux banques pour les 85 millions$ restants.

M.Gillett a fait de très bonnes affaires au Québec et il a été un fort bon propriétaire. La Caisse a été un partenaire plus qu'accommodant.

Il est impensable que le Canadien de Montréal ne trouve pas preneur, même en ces temps troubles. Souhaitons aussi que ce joyau revienne dans des mains québécoises comme il l'avait toujours été jusqu'à M.Gillett. Le Canadien, ce n'est pas les Expos ni les Alouettes, mais l'un des piliers de notre sport national d'hiver. Les liens les plus étroits doivent être tissés, à partir du propriétaire jusqu'aux amateurs.

 

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