Le plus récent sondage national, réalisé par la firme Léger Marketing pour le compte du quotidien Le Devoir, plaçait le Parti libéral nez à nez avec le Parti conservateur, 35-34. Cette avance est trop mince pour être significative, bien sûr, mais elle représente surtout une progression impressionnante pour les libéraux sous la nouvelle direction de M. Ignatieff. Ce score de 35 % représente une progression de 9 % depuis les dernières élections. Cette avance s'est forgée de deux sources : une baisse de 4 % des appuis aux conservateurs de Stephen Harper (de 38 à 34), et une baisse identique constatée chez les néo-démocrates de Jack Layton (de 18 à 14).
Au Québec et en Ontario, les appuis aux conservateurs glissent, rendant une majorité conservatrice d'autant plus difficile à envisager.
Ces résultats sont intéressants alors que les rumeurs d'une élection fédérale - oui, oui, une autre ! - d'ici la fin de 2009 s'intensifient. Dans les couloirs libéraux, on entend que M. Ignatieff a invité ses troupes à être prêts pour un scrutin qui pourrait avoir lieu dès juin. Dans le camp conservateur, le premier ministre Stephen Harper se prépare davantage en fonction d'une élection à l'automne. Les derniers mois ont été fertiles en événements. La récession s'est cristallisée au pays, plus personne n'en doute. Le dernier budget fédéral a annoncé la fin de l'ère des surplus : on passera à un déficit de 33,7 milliards $ en 2009-2010, et pas d'excédent avant 2013-2014. L'industrie automobile a multiplié les appels à l'aide. Arrivent en écho les supplications d'autres secteurs industriels, la forêt notamment, à l'effet que la récession les bouscules eux aussi. Bref, le gouvernement conservateur vole d'une crise à l'autre, crises qui ne sont globalement pas de son ressort, mais les contrecoups de la crise économique mondiale.
Dans des périodes de si profondes turbulences, les forces de l'opposition ont beau jeu. Elles n'ont qu'à se montrer compatissante, qu'à se prononcer pour la sauvegarde du bien public, favorable à toute aide à la population pour gruger des intentions de vote du parti au pouvoir. C'est ce que fait Michael Ignatieff depuis son accession à la direction du Parti libéral du Canada. Il multiplie les apparitions dans l'ouest canadien, par exemple, où les conservateurs sont rois et maîtres depuis plusieurs élections. Il a pris la parole plusieurs fois au Québec pour y occuper l'espace dans le camp fédéraliste déçu de M. Harper, et rappeler que les libéraux sont la vraie alternative au Bloc québécois.
En bien peu de mois, M. Ignatieff a déjà fait beaucoup pour redonner au Parti libéral une partie de son lustre d'antan. Fini les improvisations comme le Tournant vert - malgré la noblesse des intentions de Stéphane Dion -, le chef court ces temps-ci les payants dîners qui garnissent les coffres du PLC à coups de dizaines de milliers de dollars. Il dit ce que les gens veulent entendre, comme lorsqu'il était en Alberta, récemment, et a confié à propos des polluants sables bitumineux qu'il était « fier de cette industrie ».
Lors d'une conférence à Laval, il y a deux semaines, il a maintenu le flou sur la place qu'il entend faire au Québec au sein d'un Canada sous les libéraux.
De fait, son parti n'a pas de programme à offrir à l'électorat. Tout le travail reste à faire. Ce qui fait que M. Ignatieff s'en remet à des idées très vagues, presque vides de sens. Ses diplômes, l'aura qui l'entoure l'a bien servi lui, mais les Canadiens, non. Nous ignorons en réalité tout du Canada qu'il veut mener, et ce serait impérieux de le savoir alors que nous traversons la plus importante crise économique depuis le Krach de 1929. Il n'est pas économiste, certes, mais il doit bien avoir quelques idées plus précises que les belles paroles qu'il nous a servies jusqu'ici, non ?
Michael Ignatieff donne l'impression qu'il calcule tout. Cela se comprend, l'échéance électorale est encore à plusieurs mois de nous. Mais les Canadiens sont impatients de s'abreuver d'idées qui pourraient mieux les sortir de cette crise, et plus vite. Le travail de M. Ignatieff ne commence à peine mais la soif des Canadiens est là et ne peut être ignorée.










