Est-ce pour permettre ça que nous sommes en Afghanistan? se sont questionnés en choeur des milliers de Canadiens.
Cette interrogation allait au-delà des réactions épidermiques ou d'une quelconque manipulation de l'opinion publique. Le travail des militaires et des civils canadiens en sol afghan est parfois mal expliqué, ou mal compris, et souffre à l'occasion d'images qui véhiculent des messages aux antipodes des progrès - parfois minces, il est aussi vrai - constatés sur place.
Le président de Droit et Démocratie, Rémy Beauregard, participait plus tôt cette semaine à une rencontre éditoriale avec le quotidien LeDroit, au terme d'un séjour en Afghanistan. Droit et Démocratie est un organisme non partisan, financé par le fédéral, pour appuyer les droits humains et la démocratie dans le monde. Droit et Démocratie oeuvre en priorité dans 15 pays, autour de quatre thèmes: «le développement démocratique, les droits économiques et sociaux, les droits des peuples autochtones, et les droits des femmes», a spécifié M.Beauregard. En Afghanistan, Droit et Démocratie est principalement impliquée dans la défense des droits des femmes. Et c'est avec une énorme surprise, alors qu'il venait tout juste de débarquer à Kaboul, que M.Beauregard a appris que le président Karzaï avait adopté «en catimini» un projet de loi qui, plutôt que de permettre des avancées pour les droits des femmes, faisait reculer le dossier au vu et au su du monde entier.
Les réactions au Canada n'ont pas été hors de l'ordinaire.
Sans vouloir convaincre, Rémy Beauregard a expliqué que l'Afghanistan «s'est engagé à réviser toutes ses lois pour les rendre conformes aux principes de droits humains. Les lois afghanes sont basées sur le Coran et la charia, et certaines interprétations sont très conservatrices. Nous les accompagnons dans leur travail mais les changements proposés s'opposent parfois à des traditions centenaires.» Il a aussi rappelé que l'Afghanistan, pays de montagnes qui coincent des vallées difficilement accessibles, est très divisé entre Kaboul et ses régions, entre des factions, des tribus, des allégeances religieuses (les sunnites, majoritaires, et les chiites).
Impatience
Comme dans toute chose, il y a deux côtés à la médaille. Dans les jours qui ont suivi la promulgation de la loi controversée, des centaines de femmes sont descendues dans la rue pour protester... près d'une mosquée réputée pour son conservatisme. Des hommes sont sortis et ont tenté de les chasser avec des pierres. Des femmes policières sont venues protéger leurs consoeurs. Les photos de cette scène ont fait le tour du monde.
C'est pour ça que nous sommes en Afghanistan? ont redemandé des Canadiens.
Là où des Occidentaux ont vu de la violence, Rémy Beauregard a vu une tout autre scène.
«Sous le régime taliban, avant que le Canada ne s'implique en Afghanistan en 2002, il aurait été impensable que des femmes descendent dans la rue pour manifester. Impensable que des femmes soient dans la police. Impensable que les policières prennent la défense des femmes. C'est tout un chemin parcouru en sept années.»
Deux paires d'yeux, deux regards bien différents. Il n'est pas inutile de se rappeler la route que nous avons nous-mêmes couverte... depuis 50 ans. À la fin des années 1950, les locataires n'avaient pas le droit de vote à la mairie de Montréal. La Révolution tranquille n'était pas encore arrivée. L'enseignement ne se faisait que par des religieux au Québec. L'école secondaire française gratuite n'était qu'un rêve en Ontario. Le droit de travailler en français au fédéral n'arriverait pas avant encore 10 ans,etc.
Le Canada français a fait des pas de géant en 50 ans. Et on souhaite en faire faire plus à l'Afghanistan en moins de 10 ans? Notre impatience n'est-elle pas une utopie?











