Rappelons brièvement les événements connus ou allégués. À l'été 2006, Larry O'Brien songe à se joindre à la course à la mairie d'Ottawa. Négligé et inexpérimenté, il n'a même jamais assisté à une réunion d'un conseil municipal. Sa carrière, c'est dans la haute technologie qu'il l'a faite, fondant une société conseil, Calian Technologies. Il est tôt dans la course, mais en réalité, il est bien tard pour un néophyte de sa trempe. Trois candidats sont déjà sur les rangs : le maire sortant, Bob Chiarelli, l'ex-conseiller Alex Munter, et un outsider, Terry Kilrea, qui a été battu à plate couture par M. Chiarelli quatre ans auparavant.
Vaguement associé à la droite politique, M. O'Brien est millionnaire et constate vite que la candidature de M. Kilrea, sans ressources, risque de diviser le vote conservateur. M. Munter est nettement l'espoir de la gauche tandis que M. Chiarelli se tient sagement au centre. Surprise, en août, M. Kilrea déclare forfait. M. Kilrea, qui n'a pas la langue dans sa poche, lance qu'il a quitté parce que M. O'Brien lui aurait promis de rembourser ses frais de campagne, une affaire de 30 000 $, et lui aurait fait miroiter un emploi à la Commission fédérale des libérations conditionnelles. Cela a du sens car les conservateurs de Stephen Harper sont au pouvoir depuis huit mois et les nouveaux gouvernements ont plein de nominations politiques à combler. Circule alors comme facilitateur le nom de John Baird, député d'Ottawa-Ouest-Nepean et alors président du Conseil du Trésor, le ministère responsable de la fonction publique fédérale. M. Baird a toujours soutenu qu'il n'avait rien à se reprocher dans toute cette affaire.
Rien de tout cela n'a encore été prouvé devant un juge, mais les accusations demeurent sérieuses. La GRC a fait enquête pendant neuf mois avant de déposer les deux accusations. Ce n'est pas tous les jours qu'un maire est accusé au criminel, même si ce n'est pas une première dans l'histoire du pays.
M. O'Brien a toujours balayé cette affaire sous le tapis. Encore cette semaine, en entrevue au réseau de télévision CTV, il a qualifié cette histoire de « frivole » (« sham »). Ce serait une vengeance « politique ». Qu'il prononce son innocence ne surprend pas. Peut-être est-ce vrai, nous en aurons le coeur net dans quelques semaines et en attendant, M. O'Brien veut nous convaincre de son innocence.
Sens politique chancelant
Depuis qu'il a embrassé la vie publique, Larry O'Brien n'a pas brillé par son sens politique. Il a fait une promesse impossible (geler les impôts fonciers) pour charmer l'électorat et évidemment, n'a pu la tenir. Mais la population voulait tant y croire qu'elle s'est laissée charmer par l'inexpérience du candidat. Par la suite, cette naïveté politique ne l'a pas mieux servi. À bien des égards, le conseil municipal a été dysfonctionnel. Il n'y a que dans le dossier du train léger que M. O'Brien et le conseil auront été solides et décidés. Encore cette semaine, LeDroit a révélé que les contrats alloués par la Ville d'Ottawa à l'ex-firme de M. O'Brien ont décuplé depuis son arrivée à la mairie, passant de 167 000 $ à 1,8 million en 2008 (le directeur général Kent Kirkpatrick a indiqué que tous les contrats avaient été accordés selon un « processus concurrentiel »). Lors d'une première comparution à la cour dans le présent litige, M. O'Brien a dit se sentir « comme une vedette rock » à cause de l'intérêt des médias, ajoutant que « cette histoire doit être plus importante que je ne l'avais pensé » !
Larry O'Brien, souriant et nonchalant, ne pige toujours pas le fin fond de cette affaire. Peu importe l'issue du procès, M. O'Brien ne semble même pas réaliser qu'il mène ici la plus importante bataille de sa courte carrière politique.









