«Quelqu'un qui tente de vendre un fleuron montréalais à Toronto ne correspond peut-être pas à l'interprétation de tout le monde sur la défense des intérêts du Québec», a lancé le député du Parti québécois. M.Aussant faisait référence à la transaction - finalement avortée - qui aurait vu le fonds de retraite des enseignants de l'Ontario, Teachers, prendre le contrôle de la société BCE, qu'a dirigée M.Sabia entre 2002 et 2008. Cet achat aurait pu mener, ce qui est hautement spéculatif, au transfert du bureau chef de BCE de Montréal vers Toronto.
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Cette allusion de M.Aussant n'avait rien à voir avec le travail des élus de l'Assemblée nationale sur le dossier de la Caisse de dépôt et placement, sur ses pertes de 39,8 milliards$ pour l'année financière 2008, soit 25% de son portefeuille, ni avec les plans de M.Sabia pour éviter qu'une telle catastrophe ne se reproduise. Il s'agissait plutôt d'une triste attaque personnelle visant à le dénigrer parce que certains ne le considèrent pas assez Québécois pour diriger une institution si chère au coeur et au portefeuille des Québécois que la Caisse.
Cette remise en question de la «québécité» de personnes ne partageant pas le caractère «pure laine» avec la majorité francophone, est regrettable. Des voix mettent en doute l'adhésion de ces gens aux «valeurs communes» des Québécois sans trop bien les définir, ni préciser le niveau auquel un candidat deviendrait acceptable. Cette «québécité», on l'a perçue de façon sous-jacente pendant les audiences de la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables. On l'entend trop souvent lorsqu'un non-francophone, qu'un non-catholique, qu'un membre d'une minorité visible s'exprime publiquement sur un thème qui soulève un peu la controverse. Parfois c'est à mots couverts, comme si la cible était victime d'une quelconque maladie honteuse. Parfois c'est au grand jour, comme l'a fait Jean-Martin Aussant. À chaque fois, il faut s'insurger contre cette citoyenneté réductrice qui est aux antipodes d'un Québec accueillant, tolérant et ouvert sur le monde.
Cette ouverture du Québec, c'est précisément l'argument que M.Sabia a utilisé avec justesse en réponse à ce coup de poignard sournois. Visiblement irrité, il a rappelé que ses grands-parents étaient arrivés d'Italie et s'étaient installés à Montréal parce qu'ils croyaient «aux valeurs d'ouverture» dans la Belle Province. Né en Ontario, M.Sabia a pris la décision de s'installer au Québec, il y a 16 ans, et un homme de son niveau n'a pas de frontières. En choisissant la Caisse de dépôt et placement, il choisissait consciemment le Québec.
L'ère Sabia chez BCE a certes été controversée. Son bilan peut être discuté. Mais qu'il soit compris que lorsque Teachers a dirigé un consortium qui avait l'intention de prendre le contrôle de BCE, le mandat de Michael Sabia n'était pas de protéger avant tout le caractère québécois de l'entreprise, mais bien de prendre la meilleure décision pour les actionnaires et pour BCE elle-même.
Ceci n'est pas un chèque en blanc envers M.Sabia. Les qualités qu'il apporte à la Caisse peuvent très bien faire l'objet de questionnements. Nous pouvons s'informer du mandat qu'il a reçu de ses supérieurs, tout comme il est permis de douter des chemins qu'il veut emprunter pour ramener la Caisse vers les rendements positifs. Des questions lui ont d'ailleurs été posées sur le rôle potentiel que la Caisse pourrait, selon certains, ou devrait, selon d'autres, jouer au sein des grandes sociétés québécoises et qui pourraient faire l'objet de prises de contrôle étranger, comme la Banque Nationale, SNC-Lavalin ou CGI, par exemple.
Voilà les débats importants qui doivent occuper les élus à propos de la Caisse de dépôt et placement du Québec, et pas le niveau acceptable ou non de citoyenneté québécoise de son premier dirigeant.
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